15/02/2018

Sur les profs

Quelques réflexions personnelles 
sur les profs et le métier de prof.



Je ne suis pas prof moi-même, donc mon avis vaut ce qu'il vaut. Il s'agit seulement ici d'exposer quelques observations personnelles, et les conclusions, peut-être un peu hâtives, je ne sais pas, que j'ai tirées de ces observations.

En octobre 2012, j'avais écrit un texte sur Agoravox intitulé "Chasser le mammouth" dans lequel je décrivais le quotidien et les difficultés des enseignants, principalement ceux du primaire, de plus en plus confrontés à l'envie de démissionner de l'Education Nationale, surnommée en France le "mammouth" en raison, notamment, de sa lourdeur bureaucratique.


Pour la rédaction de ce texte, je m'étais appuyée sur :

- les rares témoignages et observations d'une amie instit récalcitrante à me raconter son quotidien, peut-être par peur que je ne comprenne pas, ce qui pourrait arriver, en effet, car quand on n'est pas dans ce métier, c'est très difficile de le comprendre, me semble-t-il. Pour parler plus généralement, je crois qu'on ne comprend vraiment que ce qu'on expérimente soi-même. On peut comprendre intellectuellement la chose, mais ça reste malgré tout distant, comme mode de compréhension. On ne comprend "dans ses tripes", si je peux dire, que si l'on est soi-même plongé jusqu'au cou dans le bain. Donc je sais finalement très peu de choses sur le métier d'instituteur par cette personne. Ce que je sais, je le tiens presque en totalité de mes lectures. 

- la lecture, donc, d'articles de journaux, en particulier ceux présentant des témoignages de profs en reconversion, en voie de reconversion ou au bout du rouleau, 

- et sur les très, très nombreuses informations et témoignages trouvés sur les forums de discussion de professeurs, surtout le forum réservé aux enseignants du primaire. 

A l'époque, dans cet article datant de 2012, je me suis positionnée à 100 % en faveur des enseignants (l'objet de cet article étant de nuancer cette position, en essayant toutefois de rester aussi compréhensive et indulgente que possible), car au fur et à mesure que je parcourais les pages sur internet, je n'en revenais pas de ce que je lisais et de la dureté du quotidien d'un enseignant. Je me suis mise à fouiller ces forums dans leurs moindres détails, et plus je lisais, plus mes yeux s'écarquillaient de surprise. 

J'ai découvert dans ces forums un véritable ras le bol de certains profs (pas tous, il en existe aussi qui s'éclatent dans ce métier et qui n'en changeraient pour rien au monde, mais ce pourcentage de profs heureux n'est-il pas en chute libre ?), ras le bol non seulement des conditions de travail elles-mêmes, mais parfois aussi de l'essence même de ce métier, de ce qui le constitue. Ras le bol d'ETRE enseignant.

- J'ai lu des témoignages de profs qui aimaient au départ leur métier, l'avaient choisi en toute connaissance de cause, mais qui, au bout d'un certain nombre d'années passées à en baver avec les élèves difficiles, à se prendre le choux avec leur hiérarchie (inspecteurs etc) mais aussi avec certains collègues, à subir des parents irrespectueux, étaient usés, n'en pouvaient plus et faisaient un "burn out".
Certains profs finiraient d'ailleurs à l'asile psychiatrique, et il existerait même en France un hôpital psychiatrique pour profs ! C'est dire ! 
C'est apparemment de cela dont il s'agit quand on voit un membre du forum dire à un autre : "si tu continue comme ça et que tu ne te préserves pas, tu vas finir à La Verrière", La Vérrière étant visiblement l'hôpital psy en question. 
Il faut dire que sur les forums, les profs se comprennent entre eux. J'avais d'ailleurs, dans cet article précédemment cité, fait la remarque des abbréviations et accronymes nombreux que les profs utilisent dans leurs échanges, impossibles à comprendre si on n'est pas dans le métier soi même.

En fait, pour revenir à La Verrière, je ne sais pas si cet établissement est uniquement réservé aux profs, mais ce que j'ai lu, c'est que c'est là qu'atterriraient les profs ayant décroché de la réalité, certains étant même devenus de vrais loques. Excusez l'emploi de ce terme pas très valorisant, mais je crois que certains profs sont vraiment démolis par ce métier usant, physiquement et psychologiquement.

- J'ai lu des témoignages de jeunes (ou moins jeunes en âge, mais jeunes dans le métier) profs qui avaient idéalisé le métier sans le connaître, qui s'y étaient engagés avec l'enthousiasme des débutants, autrement dit des ignorants, qui regrettaient amèrement leur choix (parfois au bout de quelques mois d'exercice seulement) une fois en contact avec la réalité du métier, et ne savaient pas quoi faire pour se tirer de ce bourbier. Ils étaient tombé dans un piège, à les lire, et ne savaient comment s'en échapper.
Se reconvertir, se reconvertir à tout prix, dans n'importe quel domaine, pourvu qu'ils cessent d'être profs. La question qui revenait alors le plus souvent étant : "se reconvertir, oui, mais dans quoi ?" Le sentiment d'avoir échoué cette fois, de s'être complètement trompé de chemin, leur donnait l'impression de n'être bons à rien. La difficulté à changer de voie en France, et les lourdeur administratives du "mammouth" n'étant certainement pas non plus étrangères à cette impression d'être coincés là où ils avaient, par mégarde, atterri.
Certains de ces profs désabusés étaient de jeunes diplômés, d'autres des personnes en reconversion, qui avaient justement choisi de se reconvertir dans l'enseignement !! Mauvaise pioche, visiblement... Beaucoup de ces nouveaux profs faisaient remarquer à quel point ils regrettaient leur ancien métier, qu'ils avaient pourtant quitté en croyant trouver enfin leur voie, leur idéal qui allait leur permettre de s'épanouir dans la vie.

- J'ai lu des témoignages de profs qui se plaignaient beaucoup de leurs conditions de travail, de la difficulté à enseigner, mais qui semblaient subir leur situation sans savoir quoi faire pour qu'elle change. Ceux là ne parlaient jamais de se reconvertir, mais ne donnaient pas l'impression d'être heureux dans leur métier. Peut-être, me suis-je dit, devraient-ils envisager, eux aussi, de changer de métier. 

- Et puis j'ai lu ici et là des témoignages de profs qui idéalisaient leur métier, idéalisaient l'image de l'enseignant, pilier de la société, etc etc, tout en se sentant très mal dans leur costume d'enseignant en raison de leurs conditions de travail. Je pense que ceux là n'envisageront jamais un changement de carrière, ils en refuseront l'idée même, parce qu'ils sont convaincus d'avoir une noble mission à accomplir auprès de la jeunesse, auprès de la société toute entière, et qu'ils sont prêts à souffrir, se sacrifier, sacrifier leur vie entière pour l'accomplissement de cette mission. 
C'est vrai qu'un enseignant est une personne importante de la société, du moins devrait-elle l'être, mais de là à voir dans ce métier un sacerdoce ! C'est bien d'avoir le sens des responsabilités, mais si sa vie entière en est mise sens dessus dessous... 
Peut-être est-ce ces enseignants-là qui sont le plus à risque de faire des burn-outs ? Car à force de s'oublier totalement eux-mêmes, de sacrifier leur vie entière à leur mission, bref, d'en faire trop... ils finiraient par pêter un plomb ? Est-ce que ça en vaut vraiment la peine ? On ne vit qu'une fois après tout, alors ça vaut peut être aussi la peine de pas démolir la seule vie qu'on aura...
Il me semble aussi que ce sont ces enseignants là qui se réfèrent à tout bout de champ au passé. Avant, c'était mieux, l'enseignant était respecté. Avant, c'était mieux, on pouvait enseigner dans une classe attentive, une classe comme ci, une classe comme ça, une classe sans téléphones portables qui sonnent, sans parents qui viennent vous embêter à la fin des cours. Avant, c'était mieux, un enseignant enseignait, il n'était pas assistant social, psychologue, infirmier, nounou, gendarme (j'ai même lu "gardien de zoo" dans le forum cité plus haut, parfois je me suis même demandé si certains instits aimaient vraiment les mômes.)...

Ce qu'ils disent est évidemment vrai, les enseignants ne se plaignent pas pour rien : il est totalement anormal que le téléphone d'un élève sonne en plein cours (et qu'en plus il réponde !), qu'il n'enlève pas sa casquette en rentrant dans la classe, ou qu'il agresse le prof si celui-ci le réprimande... mais je crois que la société ayant changé en profondeur (en bien ou en mal, à chacun de juger, certainement en mal s'il n'y a plus de respect des profs), et du coup, les gamins ayant changé eux aussi, le métier d'enseignant a lui aussi changé, forcément, mais c'est cela qu'ils ne parviennent pas à voir.

La société étant devenue ce qu'elle est, un jeune "lambda" va trouver plus important de vérifier son Facebook ou sa messagerie plutôt que d'étudier un texte "rasoir" (selon ses critères) d'un auteur du 16ème siècle dont il n'a parfois que faire, puisque cet auteur est complètement déconnecté de son quotidien de "jeune d'aujourd'hui", de ses préoccupations. C'est regrettable, c'est lamentable, tout ce qu'on voudra, mais il faut aussi voir que ce gamin est tout simplement intégré dans le monde (qu'on aime ou qu'on n'aime pas) dans lequel il vit, il est né dedans, il en fait intégralement partie, et il interagit avec les autres qui font partie du même monde que lui. 

Les enseignants, s'accrochent à l'illusion de pouvoir enseigner comme on le faisait au siècle dernier, et même, horreur absolue ! de faire lire des livres aux élèves ! Ce qui est parfaitement normal, c'est extrêmement important, de lire des livres, mais c'est devenu (malheureusement) totalement incompatible avec ce qu'est devenue notre société du début du 21ème siècle. On est bien obligé de faire ce constat si on veut comprendre ce qui se passe.

Lire, cela demande de la concentration, du temps, cela demande de se poser, calmement, d'être seul un certain temps (on ne lit pas un livre avec un copain, l'un tenant la partie droite et l'autre tenant la partie gauche), ça demande de la réflexion, ça demande un rythme de vie nettement plus lent que celui que la majorité des gens ont. Et pis ça exige qu'on déconnecte son iphone. 
Un gamin d'aujourd'hui, son téléphone portable est une extention de son bras. Il fait partie de lui. Homo Telephonicus, voilà à quoi les enseignants d'aujourd'hui ont affaire. Donc, pas la peine de continuer à se leurrer et croire dur comme fer qu'on enseigne à Homo Sapiens (ou Homo Ca Pionse, pour les élèves les moins attentifs).

Notre société est donc basée sur tout le contraire, elle encourage les gens à faire tout le contraire : communication instantanée, connexion permanente avec les autres (même sans communiquer, juste pour être connecté), technologie changeant à vitesse grand V, zapping, télévision abrutissante, écriture ultrarapide, puisque c'est le seul mode d'écriture adapté à nos modes de communication... 

A moins d'être totalement schizo, je ne vois pas comment un gamin du 21ème siècle peut parvenir à être ces deux personnes à la fois : l'une répondant aux exigences de l'école dès que la porte de la classe s'est refermée, "cliiiiing !" un coup de baguette magique et "hop !" changement instantané de costume (ça me fait penser à un film de Georges Méliès), et l'autre personne répondant le reste du temps, en dehors des murs de l'établissement scolaire, dans la "vraie" vie, quoi, aux exigences de la vie actuelle dans nos sociétés technologiques modernes.  

On peut faire de la résistance pour éviter les excès de la société de consommation, de la société du "tout technologique", je suis la première à le faire, ne m'équipant que de ce dont j'ai réellement besoin, mais qu'on le veuille ou non, on y est intégré, dans cette société actuelle. Le seul fait de se servir d'Internet au quotidien montre bien qu'on est intégré dans notre société de communication technologique. Donc, se servir d'Internet pour râler publiquement, sur les réseaux sociaux ou les forums de discussion, que le monde était mieux avant, à une époque où les ordinateurs individuels n'existaient même pas... c'est un peu étrange, tout de même...

Ce n'est même pas une question de classe sociale. C'est juste le monde dans lequel on vit, c'est tout. Et ce monde technologique, on y baigne tous, qu'on soit riche, qu'on soit pauvre, qu'on vienne d'un milieu éduqué ou moins éduqué.

Donc, inutile de ronchonner sur ce qu'est devenue la société car, qu'on le veuille ou non, qu'on le voie ou non, on est tous plongés là dedans, et de plus on ne reviendra pas en arrière. Peut-être le faudrait-il, ne serait-ce que pour soulager notre pauvre planète, mais je ne crois pas que ça se fera. 

C'est donc aux enseignants de s'adapter, et adapter leur façon d'enseigner. Vouloir continuer à enseigner comme on le faisait dans les années 50, devant un public des années 50, être totalement décalé par rapport à ses élèves, voire par rapport à la société dans laquelle on vit, c'est se ramasser à tous les coups. 

Il me semble que beaucoup de profs sont dépassés. Pas tous, évidemment, mais ceux qui se plaignent en permanence que le monde était mieux avant. Ceux là, au lieu d'intégrer pleinement ces nouvelles technologies, ces nouveaux moyens de communication, dans leurs méthodes d'enseignement, au lieu de tirer parti de ces nouveaux outils et les utiliser à des fins pédagogiques, au lieu de faire évoluer leur métier, ce qui est non seulement indispensable, mais inévitable, au lieu de repenser en profondeur leur rôle, voire même tout chambouler, tout révolutionner, ils font un blocage. 

Ces valeurs ne sont pas dépassées, ce sont de vraies valeurs, j'en conviens. Mais je le répète, la société a changé, et on ne reviendra jamais en arrière.

Lorsque les enseignants se plaignent de ne plus être seulement enseignants, mais aussi gendarmes, assistant sociaux, psychologues, sociologues, infirmiers etc, c'est probablement lié aux changements de la société, qui ont radicalement modifié les conditions de vie et de travail des gens, et qui ont bouleversé les rapports entre les gens, et par conséquent les rapports à l'autorité. 


Le métier a changé en profondeur, et eux, ces enseignants là, ils ne l'ont pas vu venir. Ils continuent à ne pas vouloir le voir. Ils continuent imperturbablement à s'accrocher, comme à une bouée, à un métier qui n'existe plus. Je suis persuadée que le métier d'enseignant est devenu un autre métier, au point qu'il faudrait peut-être même envisager de lui trouver un autre nom.
Ils en sont restés (avec un "s" à la fin ?) à l'époque où un enseignant enseignait, point. Il me semble que s'il s'agit toujours d'enseigner en priorité, tant qu'à faire, il ne s'agit plus uniquement d'enseigner. Et c'est ça qu'ils ne voient pas, ou refusent de voir.

De nos jours, un enseignant a plusieurs casquettes. Il doit avoir plusieurs casquettes et il doit accepter le principe de devoir toutes les porter, s'il veut s'engager sereinement dans ce métier, sinon il ne s'en sortira jamais et risque de grossir, tôt ou tard, la liste des enseignants en "burn out", voire pire. C'est mon avis.

Eh bien oui, il est gendarme, qu'il ait envie de l'être ou pas (là, il s'agit plus d'un képi que d'une casquette), parce que beaucoup de gamins arrivent en classe sans avoir reçu à la maison l'éducation qui leur permettra de travailler dans le respect du prof et le respect d'autrui en général. C'est lamentable, comme situation, je suis bien d'accord, mais c'est un fait. C'est évidemment regrettable, d'être obligé de faire le gendarme, mais ça ne sert à rien de ruminer ça du matin au soir. Donc, partir du fait, de la réalité des choses, et non pas de ce qu'on voudrait, et construire à partir de là ses méthodes d'enseignement.
De toute façon, les enseignants ont toujours eu, plus ou moins, à porter le képi du gendarme, parce que les problèmes de discipline ont toujours existé. Ce n'est pas nouveau.
Donc, aspirants enseignants qui croyez que vous allez religieusement enseigner votre noble matière devant une classe bouche bée où l'on entendra les mouches voler, sachez, avant de rentrer dans l'enseignement, que non, pas du tout, vous allez devoir, à plus ou moins haute dose, faire le gendarme. Parfois, sur une heure de cours allouée, vous ne ferez effectivement cours que, je sais pas, trois quarts d'heure ? C'est sans aucun doute la casquette la plus lourde à porter, et accepter à l'avance que le fait de porter cette casquette, ça fait partie intégrante du métier, qu'on le veuille ou non, ça vous évitera de grosses déceptions.

Eh oui, il est psychologue, qu'il veuille l'être ou pas, parce que les gamins d'aujourd'hui ont très certainement moins de repères que les gamins d'autrefois, et les gosses qui arrivent en classe ont souvent, peut-être même plus souvent qu'on ne le pense, des problèmes relationnels, des problèmes de personnalité, ils ont aussi, parfois, des problèmes de violence à la maison, parfois des problèmes d'addiction (clope, alcool, parfois même drogues, ou jeux vidéos violents...). Ou alors, ce gamin dans la lune est, tout bêtement, amoureux, et il pense à sa belle plutôt qu'au cours et au prof.
Pas évident pour un gamin, ou un ado, qui vit des situations de vie quotidienne parfois très difficiles dans sa vie privée, d'arriver en cours le coeur léger, de faire le vide dans sa tête, et d'étudier. Or, certains profs donnent l'impression de n'en avoir rien à faire de ce qui se passe à côté de l'école. Ils disent qu'ils "ne sont pas là pour ça", que ce qu'ils veulent c'est enseigner, que c'est ça leur rôle, et le reste, ça ne les regarde pas.
Si un prof ou un instit n'a pas, dans son métier, une approche de psychologue, s'il ne sait pas, ou ne veut pas, détecter le problème familial ou psychologique derrière le problème de discipline, derrière le comportement parfois incontrôlable ou l'insolence de tel gamin, et tenter d'y remédier avec des techniques de psychologue, comme le font les psys, il passera, j'en suis persuadée, à côté des gamins à qui il est censé enseigner, et la qualité de son enseignement s'en ressentira sans doute. 
C'est vrai que l'enseignant est parfois aussi le psy des parents, apparemment. Certains enseignants se plaignent dans les forums de parents débarquant, à la fin de la journée, dans leur classe pour leur déballer leurs problèmes de couple ou autres. Evidemment, ça ne devrait pas arriver, mais je pense que c'est difficilement évitable et, bien que je comprenne parfaitement que l'enseignant puisse en avoir ras le bol à la fin d'une journée de travail passée à faire cours, à exploser sa voix devant une classe bruyante et à corriger des centaines de copies, bien qu'il ait le droit, lui aussi, d'être crevé après son boulot comme tout le monde, il ne doit pas oublier que son rôle consiste aussi à connaître le milieu familial et privé, qui n'est parfois pas à piquer des hannetons, comme on dit, dans lequel évoluent ses élèves, même s'il ne montre pas à son élève qu'il sait certaines choses. D'abord, je suis sûre que ça permet d'expliquer (je n'ai pas dit excuser) certains écarts de discipline, même s'il faut les corriger, et ensuite je suppose que ça permet de mieux adapter son enseignement ?

Facile à dire, je sais. Facile de donner des leçons et dire "les enseignants devraient faire ceci, les enseignants devraient faire cela" quand on n'est pas enseignante soi-même, mais on entend tellement d'enseignants qui se plaignent et n'en peuvent plus qu'on se demande pourquoi ils n'adoptent pas l'une des deux solutions suivantes : 
- soit changer de métier, puisque visiblement il ne correspond pas à ce qu'ils en attendaient, 
- soit revoir leur rôle en profondeur, pour essayer d'adopter une approche radicalement différente de leur métier, et accepter toutes les casquettes qu'ils sont obligés de porter, afin qu'elles ne soient pas si lourdes à porter.
Donc, aspirants enseignants qui croyez que vous allez religieusement enseigner votre noble matière devant une classe composée de gamins tous aussi équilibrés les uns que les autres, vivant dans des familles où règne l'harmonie la plus parfaite, sachez, avant de rentrer dans l'enseignement, que non, pas du tout, vous allez devoir, à plus ou moins haute dose, injecter de la psychologie dans vos relations avec votre "public" et dans votre enseignement. Le savoir à l'avance, et l'accepter, ça vous évitera de grosses déceptions.

Il est assistant social, un peu pour les mêmes raisons que celles développées ci-dessus. Un enseignant a parfois des signalements à faire auprès des services sociaux, là encore ça n'a rien à voir avec la matière (ou les matières, dans le cas des instituteurs) qu'il souhaite enseigner, mais c'est comme ça, ça fait partie du métier. Il n'y a pas de monde idéal, et les enseignants font certainement partie de la catégorie de la population qui se frottent le plus à la réalité de terrain, à la réalité de la vie quotidienne des gens. Ca peut être un poids, c'est pourquoi il vaut mieux essayer d'en faire un atout.
Cette amie instit a eu, il y a longtemps, dans sa classe un petit gosse qui arrivait tous les matins à l'école sans chaussettes, même par grand froid, sans pull, juste avec un tee shirt sale, sans avoir pris de petit déjeuner, et sans avoir pu se laver. En raison d'un refus de la famille de communiquer, d'avoir affaire de quelque façon que ce soit à l'équipe enseignante, personne dans son école ne savait s'il avait l'eau chaude chez lui, ou même s'il y avait l'eau tout court, mais il parait que le petit sentait tellement mauvais qu'on ne pouvait pas l'approcher à moins de deux mètres. L'équipe enseignante a donc été obligée de prendre la décision de le laver chaque matin à son arrivée à l'école, et même laver ses vêtements et lui en attribuer de nouveaux en attendant que les siens soient secs. On ne m'a pas raconté si un signalement avait été fait, mais il parait que ce genre de "cas", c'est à dire des enfants en extrême difficulté sociale, quelque soient les difficultés rencontrées, on en voit plus souvent qu'on ne le croit.
Donc, aspirants enseignants qui croyez que vous allez religieusement enseigner votre noble matière après vous être totalement déconnectés de la réalité du monde du "dehors", et devant des élèves qui auront sans le moindre problème laissé leur quotidien parfois composé de drames à la porte de l'établissement scolaire, sachez, avant de rentrer dans l'enseignement, que non, pas du tout, vous allez devoir, plus ou moins fréquemment, être confrontés à des situations sociales parfois très difficiles. Le savoir à l'avance, et l'accepter (enfin, l'accepter, vous voyez ce que je veux dire), ça vous évitera de grosses déceptions.

Il est, occasionnellement, infirmier. Je sais, par cette même amie instit, qu'il vaut mieux savoir faire un pansement quand on travaille dans une école primaire, vu qu'apparemment les gamins passent leur temps (en tout cas une partie de leur temps, peut-être exagérait-elle un peu en disant "passer son temps") à se bagarrer dans les cours de récréation ou se blesser d'une façon ou d'une autre. 
Donc, aspirants enseignants qui croyez que vous allez tranquillement surveiller une cours de récréation remplie d'enfants  occupés à jouant sagement aux "quatre coins" ou à la marelle, comme on le faisait autrefois, ou à faire de jolies rondes en chantant des comptines, sachez, avant de rentrer dans l'enseignement, que non, pas du tout, vous allez devoir, plus ou moins souvent, séparer des belligérants, enfoncer du coton hémostatique dans des narines qui pissent le sang, ou appliquer de la pommade sur des ecchymoses de la taille d'un pamplemousse. Le savoir à l'avance, et l'accepter, ça vous évitera de grosses déceptions.

Donc, pour résumer, un enseignant, de nos jours, ce n'est plus un enseignant. C'est un enseignant-psycholoque-gendarme-sociologue-infirmier-assistant social... Je suppose qu'il doit avoir encore de nombreuses casquettes à porter, mais je ne les connais pas toutes. J'ai la conviction que les personnes s'engageant dans ce métier en croyant qu'ils vont être enseignants vont se planter en beauté. 

Les enseignants font-ils suffisamment de stages, sont-il correctement formés pour se préparer à ce qui les attend une fois "jetés dans la fosse aux lions", comme j'ai lu un jour sur le forum d'enseignant ? Je n'en ai pas l'impression. 

Mais quand on y pense, c'est pareil dans tous les métiers ! Un métier, quel qu'il soit, n'a jamais une seule facette !

Imaginons par exemple un propriétaire de superette qui ferait tourner tout seul son commerce. OK, il est "commerçant", mais ça veut dire qu'il devra être :
- vendeur
- acheteur (responsable du stock)
- caissier
- comptable
- responsable du service client en cas de problème et de la qualité de l'accueil (ce qui veut dire qu'il doit toujours être souriant et de bonne humeur)
- responsable du rangement des rayons
- personnel d'entretien
- étiquetteur
- coupeur de tranche de jambon (faut savoir utiliser la machine, même si c'est pas sorcier, je l'ai fait lorsque j'étais étudiante)
- et plein d'autres choses encore.

Un pharmacien, c'est pareil. Il est pharmacien, mais il est aussi vendeur.  Il a un stock et il doit vendre ses produits, les commander pour les clients s'il ne les a pas en stock, et puis je suppose qu'il doit aussi faire les comptes à la fin du mois... 
Il n'aime peut être pas être derrière son comptoir toute la journée pour servir à la chaîne les clients qui font la queue dans la pharmacie, il se dit peut-être que faire tant d'années d'études pour finalement passer ses journées à distribuer des boîtes de paracétamol ou rendre la monnaie sur le prix des crèmes de beauté, ce n'était pas ce dont il rêvait, et c'est parfaitement compréhensible, mais là aussi, ça fait partie du métier. Il faut l'accepter. 

C'est vrai que ces deux exemples, gérant de superette et pharmacien, ne renvoient pas à des métiers aussi durs nerveusement parlant que le métier d'enseignant. C'est vrai aussi que le gérant, quand il rentre chez lui le soir, il peut se détendre, regarder la télé, lire (si, si...) alors que l'enseignant, quand il rentre, il doit encore préparer ses cours et corriger ses cahiers ou ses copies avant d'aller se coucher. 

Ce que j'essaye d'expliquer, c'est qu'aucun métier n'est fait que d'une seule activité. Un métier, c'est quelque chose de complet. On ne fait pas qu'un seul aspect d'un métier. Et c'est justement ça qui est intéressant et enrichissant ! Le métier d'enseignant n'échappe bien évidemment pas à cette règle. Il me semble que certains enseignants ne l'ont pas compris.