01/01/2018

Bonne Année, l'Europe, concert de Vienne et autres musiques, réfugiés, discours de Macron...

C'est marrant tout de même ce tour d'horizon des feux d'artifices dans le monde que fait chaque année la télévision française au moment du Nouvel An, reportage retransmis pour nous autres expats au journal du soir sur l'excellente chaîne francophone TV5. 

Ca commence toujours par une petite île du Pacifique, qui n'a pas forcément de feu d'artifice spectaculaire, puis on arrive dans la baie de Sydney, et on continue ensuite vers l'ouest, puis de plus en plus à l'ouest, pour enfin arriver à ce qui attend les Français s'ils se rendent sur les Champs Elysées. Puis la télévision (du moins TV5, j'avoue ne plus me souvenir de ce que font les autres chaînes, les chaînes "normales") ne montre pas le direct des festivités sur les Champs. 

En Angleterre, c'est le contraire. La télévision britannique ne montre rien de ce qui se passe ailleurs dans le monde, mais retransmet en direct le feu d'artifice tiré des bords de la Tamise, sur la grande roue, sur fond de pop music britannique. 

Je n'aime pas trop la pop britannique actuelle, lui trouvant un côté terriblement superficiel. Pourtant, d'habitude, en ce qui me concerne, du moment qu'il y a de la musique à écouter, je suis enthousiaste et partante, mais là, je trouve qu'il n'y a rien. C'est creux, c'est vide, tous les groupes font exactement le même genre de trucs, les paroles je n'en parle même pas... 

Pour combler ce vide sidéral, l'accent est mis de façon totalement exagérée sur le "look", comme ces nouveaux groupes qui s'imaginent qu'il suffit de se peinturlurer le visage ou de s'habiller de manière hyper provocante pour devenir intéressants ou faire de la bonne musique... Personnellement j'écoute la qualité et l'originalité de la musique et rien d'autre. L'emballage, le "look" des membres du groupe, leur façon de s'habiller, leur coiffure, je m'en contrefiche. D'ailleurs en règle générale, plus l'accent est mis sur l'emballage, plus le contenu est vide. 
Il y a peu d'artistes à mon avis qui dérogent à cette règle. Bowie était l'un de ceux là au début des années 70. Sa musique était aussi inventive que son look original. Cela dit, les maquillages de scène outranciers qu'il arborait à cette époque ne m'intéressent pas, voire m'agacent. Ils étaient bien réalisés, mais qu'est-ce que ça ajoute à la qualité de la musique ? Rien. Du coup, je le préfère nettement tel qu'il était dans les années 90, il était redevenu naturel, il était lui-même et non plus un personnage en représentation permanente, caché derrière une apparence. 

Pour revenir au feu d'artifice d'hier soir, même si je n'aime pas trop la pop britannique, et même si la chorégraphie du feu d'artifice était sympa, au début, mais qu'en revanche le final est misérablement tombé dans la quantité, le "tape à l'oeil", plutôt que la qualité, j'ai malgré tout apprécié le court spectacle. 

Je précise que si notre réveillon s'est déroulé devant la télé cette année, c'est lié au fait que je suis très, très, très, très, mal fichue, j'ai attrapé un germe quelque part et suis clouée la majeure partie de mon temps sur le canapé. 

Donc, on a réveillonné comme on a pu, j'ai également écouté attentivement le discours d'Emmanuel Macron dont je reparlerai un peu plus bas, puis le lendemain (ce matin, donc) on a décidé de regarder le concert de Vienne, qui est traditionnellement rediffusé chaque année sur la BBC. Je ne sais pas quelle chaîne française, ou si une chaîne française, l'a diffusé. 

Me voilà donc de nouveau scotchée devant la télé, et le concert commence. De la belle musique, de la musique de qualité, jouée par un orchestre top niveau, voilà ce que j'ai envie d'entendre, même si les valses de Vienne ne sont pas le genre de musique que je mettrais au quotidien dans le lecteur CD de la chaîne hifi. Je n'écoute pas de musique classique, dans ma vie quotidienne, mais du moment que la qualité est au rendez-vous, j'aime tous les genres (ou presque).

Mais voilà que la caméra s'éloigne de l'orchestre, de la salle de concert pleine à craquer de Princes, de Princesses et gens de l'aristocratie sans doute triés sur le volet, pour aller fièrement s'attarder sur la décoration intérieure de tel palais, de telle bibliothèque prestigieuse, afin de montrer au téléspectateur que l'on espère ébahi, j'imagine, les richesses et le faste de la haute société viennoise. 

C'est un véritable étalage de dorures aux plafonds, de peintures de grands maîtres, de lustres de cristal...  Et là, je suis prise d'un soudain haut le coeur (à moins que ce ne soit dû au germe que j'ai chopé). 

Je revois tout à coup, dans ma tête, comme un flash, ces images de réfugiés fuyant la guerre dans leur pays, parqués dans des camps sordides où tout manque, la nourriture, l'eau, l'hygiène, et où les maladies guettent... 

Je revois ces Rohingyas fuyant la Birmanie où ils sont persécutés, depuis des lustres d'ailleurs, dans ce pays bouddhiste ou l'on pourrait croire que la nature même de cette philosophie (du moins quand elle ne devient pas religion avec, donc, le risque, comme dans toutes les religions, de voir une partie de ses croyants tomber dans l'extrémisme) empêcherait ces persécutions, et moi qui croyait bêtement qu'Aung San Suu Kyi ne tolèrerait jamais un truc pareil, je suis bien déçue par son attitude ! 

Je revois ces hommes et femmes, parfois ces enfants, entassés dans des rafiots instables, encore heureux qu'une partie d'entre eux aient tout de même des gilets de sauvetage (mais je suis sûre qu'ils ont dû les payer de leur poche !), qui arrivent, épuisés, affamés, assoiffés, parfois malades, sur les côtes d'une Europe qui ne veut pas d'eux, ou qui se les partage arbitrairement, comme du bétail, à coup de "quotas"... 

Et voilà que tel pays s'offusque, se rebelle, refuse de prendre sa part, refuse de secourir des êtres humains au bout du rouleau qui n'ont qu'une envie : fuir la guerre, les persécutions, parfois plus simplement trouver enfin un travail, inexistant chez eux, qui leur permettra de vivre dignement et d'aider leur famille -des vieux parents, peut être ?- en se sacrifiant pour pouvoir envoyer de l'argent. 

Et voilà que l'Europe s'affole, panique, et vas-y que le populisme, comme on l'appelle presque pudiquement, (re)monte ici et là, tout  à coup, tout devient de la faute des immigrés (y compris ceux qui n'ont pas encore immigré) et vas-y que l'on envisage de quitter l'Europe (je vois pas ce que ça va changer pour les réfugiés fuyant des pays en guerre qui, de toute façon, se trouvent à l'extérieur de l'espace européen, ou pour les immigrants économiques qui n'ont pas d'autre choix que de quitter leur pays extra européen pour assurer leur survie et celle de leur famille), et vas-y que l'on veut rétablir les frontières, que l'on monte à la hâte des clôtures... c'est tout juste si elles ne sont pas électrifiées ! Pourquoi pas des miradors, des hauts parleurs et des bergers allemands montrant leurs crocs, tant qu'on y est ?

Je revois dans ma têtes ces images d'hommes vendus comme esclaves !! L'indignation unanime de la communauté internationale était-elle sincère ? J'ai du mal à croire que personne ne savait ce qui se passait. Si cette chaîne américaine n'avait pas révélé l'affaire, combien de temps cela aurait-il encore duré ? (mais au fait, est-ce vraiment terminé, maintenant ?)

Et tandis que je revois toutes ces images et tant d'autres, la télé viennoise continue imperturbablement d'étaler, à pleines caméras, avec un orgueil non dissimulé, tous les symboles de la richesse et de l'opulence de ce pays. 

On nous montre fièrement une peinture de je ne sais quel siècle, ma culture est limitée, ornant un plafond et représentant deux chérubins tout roses et à la limite de l'obésité. Cette peinture n'est même pas belle, quand on y pense sérieusement ! Je ne peux m'empêcher de comparer cette forme d'art avec la délicatesse exquise des bas reliefs du temple d'Angkor Vat, cette magnifique dentelle de pierre d'une finesse inouie que j'ai eu la chance de voir sur place lors de mon voyage au Cambodge en 2004 (j'ai vu aussi une sacrée dose de misère humaine et des champs encore bourrés de mines antipersonnels, dans ce pays, ça vous remue bien à l'intérieur) 

On nous montre ensuite fièrement un bâtiment des années 20 ou 30 avec en gros plan une statue typique de l'architecture fasciste et nazie de cette période... Je rêve, ou quoi ?

Comment peut-on regarder des êtres humains dans un état de détresse  totale, refuser froidement de leur venir en aide, monter des clôtures, les repousser comme des chiens errants, et ensuite crâner en étalant publiquement aux yeux du monde ses richesses et ses dorures ? Je ne stigmatise pas l'Autriche en particulier, car je ne sais pas combien de réfugiés ce pays a accepté de secourir, mais je dénonce le principe même de ce genre de comportements.

J'ai l'impression d'assister au triomphe de l'égoisme, de l'indifférence, de la déshumanisation totale de l'individu, et j'ai la nausée devant mon petit écran à la vue de toute cette opulence, et même de ces gens de la "haute société" aux airs tout contents d'eux mêmes et qui, bien entendu, se hâteraient de prendre des petits airs affreusement désolés si on leur montrait une photo d'un réfugié dans la détresse... jusqu'au moment fatidique où on leur demanderait de sortir leur carnet de chèque, bien entendu...

C'est la raison pour laquelle j'ai apprécié le discours d'Emmanuel Macron lorsqu'il a parlé de la France terre d'asile se devant d'accueillir les réfugiés, même s'il a précisé qu'il n'était pas possible de les accueillir tous, et de faire preuve de solidarité. C'est bien dommage qu'on ne puisse pas les accueillir tous, puisque visiblement personne, ou pas grand monde, ne veut d'eux.

Sinon, Macron a parlé de l'année 2018 qui sera plus sociale, et j'espère vraiment qu'il prendra le taureau par les cornes et fera vraiment quelque chose. Il est déjà appelé le "Président des riches" en France, j'en sais rien et puis c'est difficile pour moi de suivre correctement et en profondeur l'actualité alors que je ne suis pas en France. Je sais malgré tout que je ne suis pas en accord avec tout ce qu'il fait, bien qu'il ne soit pas à l'Elysée depuis très longtemps, mais je pense qu'il a les capacités, la volonté et l'enthousiame nécessaires pour améliorer vraiment la situation. On verra bien. Si j'ai un voeu, un seul, pour la nouvelle année, c'est celui de voir se développer encore davantage la solidarité, au lieu de voir les gens se refermer bêtement et égoistement comme des pauvres petites huitres !!

J'apprécie aussi l'engagement de Macron pour l'Europe, car j'ai moi-même la ferme conviction que le démantellement de l'Europe, l'abandon du projet Européen, serait la plus grave erreur que l'on pourrait commettre depuis des décennies. Cela s'accompagnerait (c'est déjà le cas ! Autrement dit, il y a urgence !) d'un renfermement total sur soi, d'une montée encore plus forte de la xénophobie, de la montée des courants extrémistes (idem, c'est franchement inquiétant) et j'en passe. Ne me croyez pas pour l'instant si ça peut vous faire plaisir, mais si ça devait arriver, vous verrez bien que c'est moi qui avait raison, d'autant plus que la xénophobie montante est justement la cause de l'envie de certaines personnes de sortir de l'Europe. Comme si l'Europe telle qu'elle était avant était mieux ! Non mais franchement, relisez vos livres d'histoire !

Il est vrai que se refermer sur soi, fermer les frontières, repousser les gens à la mer, sont les seules solutions pour celles et ceux qui veulent continuer à vivre bien tranquillement leur grande vie d'opulence (car même si on a des problèmes, ce n'est RIEN à côté de ce que vivent certains pays !) dans l'égoisme total et l'indifférence à la misère des autres : "Tu crèves de faim ? Ton pays est en guerre et tu as perdu toute ta famille ? Tu es persécuté par un gouvernement totalitaire ? Et alors ? J'y suis pour rien, moi ! Je dirais même plus : c'est pas mon problème !" La montée du populisme ne correspond à rien d'autre qu'à une (re)montée de l'égoisme le plus crasseux. 

Vous croyez vraiment que les peuples de cette Terre qui sont dans la pauvreté, voire la misère, vont continuer longtemps à nous regarder nous gaver (en partie en les exploitant, d'ailleurs...) tandis qu'eux sont embourbés dans les difficultés, dans l'indifférence quasi générale ?

On en a eu tellement marre de ce que la télé nous montrait qu'on a fini par l'éteindre. Tant pis pour la fin du concert. 


1er Janvier 2018.