Si t'aimes pas les règles, ben t'as qu'à pas les suivre...

On est rentrés très tard de vacances hier soir, bien après minuit, donc on ne m'en voudra pas d'être un peu amorphe et HS ce matin, d'autant plus que je me suis levée, comme d'habitude, aux aurores. 

Et comme d'habitude, ou plus exactement reprenant mes bonnes habitudes matinales, je me suis plantée devant TV5Monde pour regarder le journal canadien puis le journal international.

En ce moment, été oblige, ces deux journaux sont suivis par des programmes pour les enfants que bien évidemment je ne regarde pas, et j'éteins donc le téléviseur avant qu'ils ne démarrent, mais là, ce matin, vu que j'avais un peu de mal à démarrer ma journée, je suis restée avachie sur le canapé, un peu absente, et j'ai laissé la télé allumée.

J'ai donc regardé, avant de me décider à me secouer un peu et me mettre au boulot, le programme intitulé "La Cabane à Histoires" mettant en scène quatre enfants qui se retrouvent dans une petite cabane construite, visiblement, au sommet d'un arbre, pour se raconter des histoires. C'est plutôt sympa et les gamins sont tous les quatre très mignons, mais ce qui m'a interpelée, c'est le message éducatif que l'on fait diffuser par les enfants eux-mêmes au cours de ce programme.

Je ne sais pas si c'est ainsi dans tous les épisodes puisque c'est la première fois que je regarde ce programme, mais ce matin, le thème de l'histoire était un papa dragon encourageant son fils dragounet à mettre le feu à une maison, je sais plus pourquoi (j'étais pas encore bien réveillée) pour qu'il se fasse la main, peut-être. 

Donc voilà le petit dragon parti sur les routes à la recherche d'une maison à brûler. 
La première qu'il rencontre sur son chemin est une maison de bois dont l'habitant est un petit garçon qui lui conseille d'aller plutôt mettre le feu à l'école, vu qu'il n'a pas (ou mal) fait ses devoirs et redoute de se faire interroger. Déjà, je me dis, si c'est ce genre de trucs dont on se sert pour faire rire les gamins, c'est un peu limite...
Les voilà donc tous les deux partis pour l'école, mais là ils rencontrent la maîtresse (au physique franchement très caricatural) qui dit au petit dragon, en gros : "ben non, mets pas le feu à mon école puisque les élèves t'aiment bien, tiens regarde, ils font même des dessins pour te représenter. Autrement dit, si les élèves n'aimaient pas les dragons, c'est bon, il pouvait mettre le feu à l'école. La maîtresse donne un dessin au petit dragon.
Le voilà donc reparti sans avoir mis le feu à l'école, et là je sais plus ce qui se passe mais au bout d'un moment le petit dragon retrouve son papa et lui dit qu'il a désobéi à son ordre et que les humains sont super gentils. Le papa dragon regarde le dessin, il sourit et tout est bien qui finit bien.

La caméra retourne dans la cabane et les quatre enfants commentent le comportement du petit dragon. La morale de l'histoire, elle est très simple, c'est : si t'aime pas une règle, ben t'as qu'à pas la suivre. (Ca, c'est ma façon à moi de le dire, ce n'était pas dit comme ça par les enfants, mais c'était du pareil au même de toute façon)

Alors évidemment, on se dit que le petit dragon a eu raison de ne mettre le feu nulle part, l'ordre que lui avait donné "papa dragon" était stupide, mais s'il ne l'a pas suivi, cet ordre, ce n'est pas parce que lui-même l'a remis en question de sa propre volonté mais uniquement parce qu'il a rencontré des personnes qui lui ont donné un contre-ordre, supposé (à juste titre évidemment dans le cas de cette histoire) plus intelligent que celui du papa.

Ce qui m'interpelle, c'est que cela a été transformé en généralité dans cet épisode. Si t'aimes pas une règle, ben t'as qu'à pas la suivre. Il n'a pas été rappelé que cela s'appliquait à cette histoire seulement. 

Donc, si je suis bien, le message est que si on n'a pas envie de suivre les lois du pays dans lequel on vit, ben on n'a qu'à pas les suivre. 

La morale de l'histoire aurait été : "si tu trouves stupide une règle que l'on te demande de suivre, parles-en à ton entourage, discutes-en avec eux, essaye de voir s'il n'y a pas un compromis à trouver", là j'aurais été d'accord, mais j'ai bien entendu un des gamins de la bande à la cabane annoncer fièrement qu'on n'est pas obligé de suivre les règles si on ne les aime pas. Evidemment ces jeunes acteurs n'y sont pour rien, mais leur faire dire des trucs pareils, je trouve ça totalement irresponsable. Si au moins on avait dit "les règles qui mettent ta vie ou celle d'autrui en danger, tu ne dois pas les suivre", là j'aurais applaudi, mais non, c'était "les règles". Toutes les règles. Si tu les aimes pas, tu les suis pas, c'est tout. Bonjour l'éducation...

Certes, les règles de vie dans nos sociétés ne sont pas toutes bonnes, et l'histoire (pas franchement géniale en plus, on peut faire mieux en matière d'histoire pour enfants) illustre bien ce fait, mais c'est la généralisation qui a suivi la lecture de l'histoire du petit dragon qui m'a choquée. C'est donc, je le pense sincèrement, une grave erreur éducative que de vouloir transmettre ce genre de message. 

De plus, non seulement l'histoire elle-même, mais également le dialogue qui a suivi entre les quatre enfants, sont tombés, une fois de plus quand on fait parler des enfants, dans la caricature du "l'école c'est nul", "j'ai pas envie d'y aller" et il me semble même avoir entendu, en dépit de mon état de fatigue, un des gamins dire un truc du genre "dommage qu'il ait pas brûlé l'école" mais franchement là c'est sous toute réserve, parce que j'étais vraiment pas bien réveillée.

Bref, le message éducatif transmis aux enfants, c'est : "l'école c'est nul" et "si t'aimes pas les règles, ben t'as qu'à pas les suivre".

Chers ami(e)s, chers lecteurs/lectrices de cet article de blog, tout le monde se plains que la société va mal, qu'une partie de la jeunesse est complètement paumée, et ça ne m'étonne pas, que la société aille mal, mais aussi que tout le monde se plaigne, si dès l'enfance on fourre dans la tête des gamins que l'école, c'est nul, qu'on n'a pas envie d'y retourner après les vacances, etc..., au lieu de leur dire que l'école c'est génial, qu'ils vont apprendre plein de choses super intéressantes, au lieu de les faire aimer et s'intéresser à ce qui, finalement, fait leur vie quotidienne (ils passent tout de même la plus grande partie de leurs journées à l'école). Bref, on fabrique des futurs petits dépressifs.

Encore un truc typiquement Français de faire ça, de dénigrer l'école devant les gamins eux-mêmes, écoutez autour de vous, vous allez voir... alors qu'ici, en Angletterre, personne ne dit jamais ce genre de trucs aux gamins.

Alors si, en plus de ça, on leur met dans la tête que les règles (toutes les règles, en "règle générale" si je peux dire...) ne valent que si on décide, individuellement, de les suivre... 

Comme si un gamin aussi jeune avait, de toute façon, la capacité d'évaluer quelle règle de société, ou règle de vie, est bonne et quelle autre doit être transformée, voire abandonnée ! Comme si, également, le fait de suivre des règles de société était par nature rasoir, vieux jeu, pas moderne, pas "cool" comme style éducatif.

Je me demande si je vais trop loin en disant qu'on risque alors de fabriquer quelques futurs petits délinquants ? En tout cas quelques gamins devenus incapables, à l'âge adulte, de vivre en société, en bonne harmonie avec les autres.

Bref, pour ces deux raisons, à cause de ces deux messages véhiculés par ce programme, à savoir critique systématique de l'école (n'oublions pas non plus la maîtresse au physique ingrat, limite ridicule) et critique systématique des règles à suivre dans la société (au prétexte de ne pas suivre de mauvaises règles racontées dans une histoire pour enfants), j'ai trouvé que ce programme, en tout cas l'unique épisode que j'ai regardé, ne montrait pas du tout aux enfants le bon chemin à suivre dans la vie, et était limite désastreux au niveau éducatif.

30 août 2017