Bourg Saint Maurice, avant, après.

Quelle ne fut pas ma surprise en découvrant cette vieille carte postale en Angleterre, dans ma ville ! A croire que c'était bien moi qu'elle attendait. Elle a été postée par une britannique en villégiature dans la région. Elle y raconte la chaleur, le bleu du ciel, et le fait qu'elle va bientôt partir pour visiter l'Italie (qui n'est pas loin de là).


Cette carte montre quelques vues de Bourg Saint Maurice, en Savoie, à la fin des années 70. Bourg Saint Maurice est une ville que je connais bien, du moins que je connaissais bien, et que j'aime énormément. C'est là, dans le coin, que nous allions en vacances, lorsque j'étais ado, à la fin des années 70 et au début des années 80. Ca fait des années, des décennies, même, que je n'y suis pas retournée. 

J'ai eu une sorte de choc joyeux en reconnaissant le café restau "Le Val d'Isère", où mes copines et moi étions allées un jour boire un pot, et où l'une d'entre nous (pas moi, je jure) avait piqué un des cendriers posés sur la table en terrasse... et bien sûr en reconnaissant la gare. Ca m'a rappelé toutes sortes de souvenirs heureux. Le bâtiment au dessus du café, sur la carte, je ne savais pas de quoi il s'agissait, tout en reconnaissant malgré tout le style de construction de la région.

Tout ça m'a replongée dans mon enfance et adolescence, et me fait songer que les gosses, dans les années 70, étaient beaucoup plus libres de leurs mouvements, du moins en vacances, qu'ils ne le sont de nos jours. Question de sécurité. Je me souviens de vacances d'été à Morzine, en Haute Savoie, en 1970, 71, 72... où j'étais laissée totalement libre, dès l'âge de six ans, de partir seule, avec mon petit vélo, me balader en ville, aller où je voulais et rentrer quand je voulais. Quand je n'étais pas seule, ma soeur et moi on allait à la piscine, celle située sous la passerelle, on se faisait un mini golf, on allait se payer des crêpes... 
Je me revois en 1971, à sept ans, pédalant sur une route devant le terrain de jeux d'une colonie de vacances, et m'arrêtant quelques instants pour regarder les gosses, derrière la barrière, s'amuser sur les toboggans, les balançoires... et voilà deux ou trois gamins de mon âge qui viennent me voir, me demandent mon nom et mon âge, et qui soudain me lancent : "ici, c'est bien ! Toi tu peux pas faire tout ce qu'on fait ici ! C'est pas à toi !" les pestes... ;-) et moi de leur répondre du tac au tac, aussi petite peste qu'eux : "oui, mais moi, je fais ce que je veux, je vais où je veux avec mon vélo et j'ai même pas besoin de demander la permission ! Au revoir !" 

Lorsque nous partions en vacances dans des plus petites villes où des villages, nous faisions connaissance avec les gosses du coin et on se joignait à leur petite bande, on organisait des jeux dans la forêt, dans la montagne, on rassemblait notre argent de poche pour aller se payer des trucs au bistro du village, on se baladait même parfois la nuit dans le cimetière pour se faire des frayeurs... J'ai ainsi gardé des souvenirs fantastiques de vacances d'été passées dans un petit village d'Auvergne en 1975.

Même à Paris, dès l'âge de six ans j'allais à l'école seule et je prenais le métro toute seule. Vous en connaissez beaucoup, aujourd'hui, des gamins de six ans qui vont à l'école seuls et surtout qui prennent le métro parisien seuls ? Trop risqué, de nos jours, de laisser des jeunes enfants sans la protection d'un adulte. Même en les bardant de téléphones portables et en les appelant toutes les trois secondes pour savoir où ils sont, avec qui ils sont et ce qu'ils font. Nous, on n'avait pas besoin de ça, puisqu'il n'y avait rien à craindre. Le monde a changé. 

Je n'ai pas la nostalgie de mon enfance en particulier, j'ai en fait la nostalgie du temps où les enfants en général pouvaient vivre sereinement leur vie d'enfant, jouer, se balader, être des gamins enjoués, dans l'insouciance et la sécurité. 
Aujourd'hui, on demande aux gosses, dans nos sociétés où ils ont pourtant la chance de ne pas être exposés à la guerre, de grandir le plus rapidement possible, de ne pas être des enfants, ou le moins longtemps possible. A croire qu'être un enfant est désormais considéré comme un handicap, une période d'extrême vulnérabilité et d'insécurité dont il faut s'extraire aussi vite que possible, à coup de "réalité de la vie" composée de violence, d'images atroces à la télé, de petites filles de neuf ou dix ans qui commencent déjà à se maquiller, poussées à le faire par la société dans son ensemble (et qu'on ne vienne pas me dire que c'est parce qu'elles "veulent faire comme Maman". Oublie-t-on que le maquillage est supposé être utilisé par les femmes comme instrument de séduction ?), et qu'ils faut désormais (les média le font déjà) nommer "jeunes filles"... Des "jeunes filles" de dix ans !! Non mais c'est vraiment n'importe quoi !! Oui, le monde a bien changé...

C'est curieux comme nous étions à la fois laissés libres de nos mouvements à cette époque, mais pas pour autant livrés à nous mêmes. Bien que plus libres, nous étions également plus protégés, car on ne nous autorisait pas à regarder n'importe quoi à la télé par exemple. De nos jours, les gamins sont hyper surveillés, hyper protégés dans un certain sens, et en même temps, alors que c'est en fait contradictoire, sous prétexte qu'il ne faut pas les sur-protéger, ou qu'il faut les "confronter à la réalité de la vie", on les expose à des trucs, notamment à la télé, qui ne sont clairement pas de leur âge, et qui les traumatisent, les rendent agressifs... Arrive ensuite l'armée de psys qui prennent le relai et promettent bien sûr de récupérer le gosse complètement paumé...

Voir des vieilles cartes postales de lieux que j'ai connus fait revivre de beaux souvenirs d'enfance et d'adolescence, mais me plonge donc aussi dans une espèce de nostalgie mélancolique teintée de "le monde était mieux avant" que j'essage tout de même d'éviter car c'est pas vraiment constructif comme attitude, et puis en plus il y a plein de choses qui sont très bien aujourd'hui aussi. 

Quelle ne fut donc pas ma joie de tomber, par un hasard extraordinaire, en Angleterre, sur cette carte postale de Bourg Saint Maurice, dont la photo a été prise à l'époque même où je passais régulièrement mes vacances dans la région! 

Ce que j'aime particulièrement, dans toutes ces vieilles cartes postales, c'est d'une part voir les vieilles voitures, qui témoignent de leur époque, et puis tout ce qui fait le cachet "vintage" de l'époque, et d'autre part comparer l'apparence des lieux montrés sur ces anciennes cartes avec leur apparence d'aujourd'hui. 

Et comme je n'ai pas la possibilité de me rendre à Bourg Saint Maurice pour aller faire mes propres photos "avant-après", je me suis tout naturellement connectée sur Google Map pour faire mes recherches.

Le premier bâtiment a été facile à trouver, il a suffit de taper "Le Rochefort" pour le voir apparaître sur mon écran. 


Avant...


Après.

Google Map


Les voitures stationnées devant l'immeuble ont un peu changé, vous ne trouvez pas ? ;-)


Pour ce qui est du Val d'Isère, impossible de le trouver sur Google Map. Je me suis alors dit qu'il n'existait plus. Comme je pensais me souvenir qu'il se trouvait non loin de la gare, j'ai exploré avec cet incroyable outil (Google Map, franchement c'est génial ce truc) les environs de la gare, et j'ai tout de suite retrouvé l'immeuble. En effet, le café restau n'existe plus.

Avant...



Après.

Google Map

Franchement, sans vouloir tomber dans la nostalgie, vous avouerez quand même que c'était mieux avec le petit café-restau sympa, sa terrasse et ses parasols, non? La place n'a plus ce petit air de vacances qu'elle avait autrefois.


Quant à la gare, elle a été agrandie avec un nouveau bâtiment.

Avant...



Après.

Google Map

Je suppose que l'agrandissement a dû se faire à l'époque des jeux olympiques d'Alberville.

Voilà, c'était ma petite promenade "avant-après" dans Bourg Saint Maurice. Je tâcherai de trouver d'autres cartes postales anciennes , d'autre lieux, pour faire la même chose avec elles. 



25 juillet 2016
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