TV5, la Francophonie et le 49/3.

Pour ne pas perdre contact avec l'actualité française, ici en GB, il m'a toujours semblé important de pouvoir continuer à bénéficier des média audiovisuels hexagonaux. J'ai donc pris un vieux poste de radio (je suis une sorte de rétrogirl qui aime bien continuer à utiliser les Anciennes Technologies) et j'ai tourné le bouton jusqu'à ce que j'entende la douce langue de Molière. 

La première radio que j'ai captée a été France Info sur MW 1377, et j'ai ainsi pu écouter chaque matin un concentré d'actualité avant de me mettre au travail. Curieusement, j'ai cessé du jour au lendemain de la capter. Dire "du jour au lendemain" n'est pas exagéré (j'ai souvent tendance à exagérer) car la veille, je recevais France Info, et le lendemain je ne la recevais plus. Je ne sais pas ce qu'il s'est passé.


J'ai donc cherché une autre radio et je suis tombée non seulement sur une très bonne radio belge, La Première, qui donne bien sûr plus de nouvelles de Belgique que de France, mais qui a de bonnes émissions, mais aussi sur France Inter, que je reçois (en espérant que ça dure) sur la bande LW, pas très bien puisque je dois composer avec les craquements et les sifflements qui accompagnent la diffusion des programmes, mais je m'en contente. 
Vous me direz, je pourrais écouter la radio sur Internet, comme toute personne censée vivant au 21ème siècle, mais je vous l'ai dit, je suis une sorte de rétrogirl, et j'adore les vieux postes de radio (j'ai pas encore commencé une collection comme ma collection de vieilles valises aériennes, mais ça viendra peut-être un jour). Subir des interférences lorsqu'on écoute la radio, cela fait un peu "Ici Londres, les Français parlent aux Français"...

Par contre, je me désolais, depuis mon arrivée en Angleterre, de ne pas avoir TV5 inclu dans notre bouquet (gratuit) de télévision, et m'étais renseignée sur les tarifs en vigueur pour recevoir cette chaîne francophone. Nous y avions renoncé en raison du fait qu'il n'était pas possible de n'avoir que cette seule chaîne, il fallait prendre un abonnement à un groupe de chaînes que nous n'allions jamais regarder, et de plus le tarif nous semblait élevé. 

Quelle ne fut pas mon excellente surprise de constater, il y a quelques semaines, lors d'une séance de zapping comme il m'arrive parfois d'en faire, que TV5 était désormais incluse dans notre bouquet de chaînes gratuites ! Et me voilà regardant désormais, en plus des chaînes britanniques, la télévision en français. 

En plus d'être une télé en Français, TV5 est une télé francophone, ce qui est une ouverture vraiment intéressante et agréable. Ainsi, non contente de regarder, depuis la Grande Bretagne, le journal de 20 h de la 2, je peux également regarder le journal de la RTS (radio télévision suisse), celui de la RTBF (la chaîne belge), le journal de la télé québecoise et ceux de l'Afrique. En raison des horaires de diffusion, je regarde surtout le journal du Québec car il passe tôt le matin, parfois le journal belge à l'heure du déjeuner quand je ne suis pas scotchée devant l'ordinateur (mes pauvres yeux !!) avec un sandwich à la main, et le journal français, en début de soirée (heure de la GB). En plus de la possibilité que cela donne de voir les différences de traitement de l'actualité, c'est vraiment super de pouvoir écouter les différents accents des locuteurs francophones, l'accent suisse, le belge, le québécois... 

A Paris nous avions TV5 inclu dans notre bouquet de télévision, et curieusement, je n'ai jamais regardé cette chaîne. Marrant de penser qu'ici, j'ai attaché une telle importance au fait de l'avoir... Ce n'était pas du désintérêt de ma part, évidemment, et j'étais au courant, évidemment aussi, que la France n'est pas le seul pays au monde à parler français, et je dois dire, pour ma défense, que je suis une personne ouverte sur le reste du monde, mais il me semblait que cela n'allait pas m'apporter grand chose de savoir en détails ce qu'il se passait en Suisse ou en Belgique, par exemple. Désormais, avec mon "statut" d'expatriée, c'est à dire une personne qui vit ailleurs que dans son pays de nationalité, je suis naturellement amenée à ne plus me concentrer uniquement sur ce qui se passe en France, puisque je n'y suis plus. Les nouvelles de Belgique, de Suisse, du Québec, des pays d'Afrique francophones... et du reste du monde si seulement je pouvais parler toutes les langues, sont maintenant aussi importantes pour moi que les nouvelles françaises (et bien sûr britanniques). J'ai donc beaucoup de plaisir à m'imprégner et m'enrichir de cette diversité. 

C'est pourquoi je pense que la Francophonie, bien qu'elle soit considérée par certains comme un reste colonial, et l'idée se défend, doit aussi et surtout être considérée comme un patrimoine commun à tous les locuteurs de langue française, quelque chose qui peut d'autant plus nous rapprocher et nous aider à nous découvrir mutuellement que ce n'est pas basé uniquement sur des échanges économiques, mais sur des échanges culturels et linguistiques.

Pour en revenir aux média belges, j'avais déjà noté le grand sens de l'humour des Belges en écoutant La Première, notamment après les attentats de Bruxelles, ce qui m'avait laissée sincèrement admirative, et là aujourd'hui, je me suis bien marrée en voyant l'ironie avec laquelle la RTBF a traîté de l'utilisation du 49/3 pour la loi travail en France. 

Voir ainsi, à partir de la minute 22, cette ombre à lunettes, dont on ne sait à qui elle appartient, se dessiner sur l'écran... et les déclarations, faites dans le passé par cette mystérieuse personne...

Le 49/3 est-il un déni de démocratie ? Ca dépend, selon moi, de la raison pour laquelle cet article est appliqué. Personnellement, je pense qu'un article comme le 49/3 se justifie en cas de risque pour la sécurité d'un pays, par exemple, mais il ne devrait pas être utilisé pour faire ainsi passer des lois qui auraient pu être débattues et votées, même si la conviction du gouvernement est grande que la loi est salutaire pour l'avenir du pays. Qu'on veuille éviter que le pays ne s'embourbe dans une crise sur le long terme est compréhensible, mais lorsqu'on constate que les citoyens sont en majorité contre (le sont-ils en France pour la loi travail, je n'en sais rien) un texte de loi, la moindre des choses serait d'écouter ce que les gens ont à dire et faire voter la loi. Dans un cas comme celui-ci, j'ai l'impression qu'on a tellement peur que la loi soit rejetée de manière démocratique qu'on préfère la faire passer par la manière autoritaire. Que le gouverement ait eu raison ou tord de présenter cette loi et d'y croire, je crois qu'avoir recours au 49/3 pour la faire passer ne se justifiait pas. 

Si les opposants à la loi étaient minoritaires, alors de quoi le gouvernement avait-il peur en la faisant voter, sachant qu'il était alors plus que probable qu'elle soit adoptée ?

Si les opposants à la loi étaient majoritaires, alors la faire passer de force est, en effet, un déni de démocratie. Il est clair qu'un gouvernement, une fois qu'il est élu, ne peut pas passer son temps à organiser des referendums pour voter tout ce qu'il compte entreprendre, bien que cela se fasse en Suisse (mais peut-être pas sur tout ?), et qu'il y a des moments où ce gouvernement doit assumer ses choix et ses décisions, cependant, au cas où il est avéré que la majorité de la population est contre une réforme, il serait bon de se souvenir que ce n'est pas parce qu'on a été élu qu'il faut ensuite oublier, voire mépriser, ceux qui vous ont porté au pouvoir. 

                                       
                                                                                                                              
11 mai 2016