Enseignant attaqué dans sa classe

Comment est-ce possible qu'en plein état d'urgence, avec toutes les mesures de sécurité que cela suppose, un individu n'ayant rien à faire dans une école parvienne à y entrer, si tôt le matin, monter dans les étages sans être inquiété outre mesure, et poignarder un enseignant qui préparait sa classe ?

Comment cet individu savait-il que cet enseignant se trouvait dans sa classe à ce moment là ? C'est surtout cela qui m'interpelle. Comment pouvait-il le savoir, s'il ne s'agit pas de quelqu'un qui aurait déjà eu quelque chose à faire dans cette école à cette heure là... voire même un parent... mais alors là ça deviendrait du délire complet ! Impossible d'envisager deux secondes qu'il puisse s'agir d'un parent. D'autant plus qu'un parent aurait été reconnu par le gardien ou la gardienne de l'école.

N'y a-t-il pas en effet une personne postée à l'entrée de l'école pour vérifier les allées et venues ? Le Parisien indique que l'individu portait une combinaison de peintre. Un peintre chargé de rénover l'école tôt le matin pourrait sans doute être autorisé à circuler dans l'établissement, mais cela prouve alors que n'importe qui peut sonner à la porte d'un établissement scolaire, dire un truc du genre  "bonjour je suis le peintre" et passer comme une lettre à la poste. 

Le Parisien indique également que le type était cagoulé. Je suppose qu'il n'est pas entré déjà cagoulé dans l'établissement scolaire, et qu'il a donc revêtu la cagoule après avoir passé la porte, donc la personne chargée de la surveillance des entrées et sorties saura sans doute le décrire aux enquêteurs. 

Pourquoi n'instaure-t-on pas un contrôle systématique des personnes désirant entrer dans les écoles, surtout en période d'état d'urgence ? Surtout s'il s'agit d'une personne que l'on ne connait pas, qui vient pour la première fois dans l'école. C'est triste de devoir en arriver à soupçonner tout le monde, évidemment, mais sans aller jusqu'à invoquer un contrôle d'identité systématique qui ferait hurler tout le monde sur la France devenue Etat policier, et qui serait de toute façon inutile si le type présente de faux papiers, s'il était nécessaire, avant de laisser entrer cet individu dans l'école, de passer un coup de fil à l'entreprise de peinture mandatée pour effectuer les travaux, et vérifier auprès d'eux qu'ils ont bien envoyé ce jour un nouveau peintre, ou un remplacement pour untel qui est malade, ou que sais-je, alors il aurait fallu le faire. Pourquoi ne pas avoir dans les écoles des portes avec des petites fenêtres qui laissent voir la personne avant d'ouvrir grande la porte dès que la sonnette retentit, seule façon de savoir qui se trouve derrière ?

Les mesures de sécurité vont donc être renforcées, a annoncé Najat Vallaud-Belkacem. C'est bien, il faut bien sûr le faire, mais ce qui s'est passé est la preuve qu'elles n'étaient pas suffisantes. Sur la base de quoi a-t-on pensé qu'elles l'étaient (suffisantes) alors que les enseignants ont été collectivement menacés, et qu'en plus on peut visiblement entrer dans une école comme dans un moulin ? 

Le Parisien nous indique également que la Ministre aurait déclaré qu'il s'agit là d'un acte "d'une grande gravité, inadmissible". Avec tout le respect que je dois à une Ministre, j'aimerais tout de même faire remarquer qu'il n'est pas nécessaire de préciser que l'acte est d'une grande gravité, et qu'il est inadmissible. C'est bien de faire des déclarations pour montrer sa désapprobation, mais c'est un peu parler pour ne rien dire. Tout le monde le sait, que c'est grave et inadmissible (et que la Ministre désapprouve). Il aurait été mieux de ne pas supposer au départ que les mesures de sécurité étaient suffisantes (ça évite en plus de devoir par la suite "les renforcer", ce qui montre bien qu'elles auraient pu, dès le début, être plus draconniennes) et faire immédiatement le nécessaire avant d'attendre, comme toujours, qu'il y ait un problème, voire un drame, pour prendre des mesures réelles. Après tout, c'est l'état d'urgence, et il me semble que ça justife en soi les décisions prises.



14 déc 2015