"Critique" du livre : Moi, Malala, je lutte pour l'éducation et je résiste aux talibans.




Lorsque le livre est sorti, j’ai tout d’abord été surprise qu’une fille aussi jeune, même s’ils ne s’agissait pas de n’importe qui, écrive ce que je pensais alors n’être qu’une autobiographie. Certes, on avait essayé d’éliminer Malala en lui tirant à bout portant dans la tête et elle s’en était sortie de justesse, mais je me disais que puisque Malala s’en était sortie, cela signifiait qu’elle avait encore devant elle de très nombreuses années de vie durant lesquelles il lui serait possible de mener son combat. Il me semblait par conséquent qu’il était encore bien tôt pour s’assoir dans un fauteuil, comme on pourrait le faire à l’âge de quatre-vingt-dix ans, et faire le récit de sa vie écoulée. 

C’était sans compter sur le fait que dans ce livre cette jeune fille ne fait pas seulement le récit de sa vie personnelle, elle ne parle pas seulement de sa famille, ses amies, ses voisins et son entourage plus éloigné, mais elle dresse également un portrait, on devrait plutôt dire un constat, historique, politique mais aussi économique, tout à fait passionnant de son pays, le Pakistan, et en particulier de sa province natale (ou région, ou vallée, je ne sais pas comment il convient vraiment de l’appeler) du Swat, à laquelle elle est tant attachée, et de la capitale de cette région, la ville dans laquelle elle habitait, Mingora.  

Malala est Pakistanaise, mais il semble (mais ce n'est que mon opinion personnelle) qu'elle se sent en priorité Pachtoune. Elle fait remarquer à quel point la population du Swat a autrefois désapprouvé le rattachement de la région au Pakistan. 
On sent aussi à la lecture de ce livre à quel point elle est fière de son appartenance à cette ethnie, fière des valeurs qui sont les siennes, en particulier le sens de l’hospitalité, que tout Pachtoune se fait un honneur de respecter. Par son discours, par ses prises de position, on comprend comment il est possible d’être fortement attaché au maintien de ses valeurs (pour elles, donc, les traditions Pachtounes, mais aussi  les préceptes et les croyances de l’Islam) tout en souhaitant rester souple dans son existence quotidienne, et faire preuve de capacité d'adaptation. 

Elle explique comment il a été possible qu’au Pakistan, que son fondateur Jinnah voulait ouvert, tolérant et accueillant pour tous, les groupes religieux extrémistes aient réussi à monter en puissance et accroître leur influence, elle décrit comment le Swat, sa vallée paradisiaque et particulièrement prisée des touristes, y compris étrangers, est peu à peu tombé aux mains des talibans. Elle décrit les coups tordus des politiciens, les relations compliquées entre son pays et l’Inde, entre son pays et les Etats Unis, et forcément aussi entre son pays et la Grande Bretagne, ancien colonisateur de l’Inde.  

Elle parle d’elle personnellement aussi, bien sûr, mais pas seulement. Elle n’est pas de ces personnes qui se mettent en avant juste par plaisir de le faire, en pensant qu’elle représente plus que le combat qu’elle mène. Elle se met en avant si cela peut servir la cause qu'elle défend. D’ailleurs, sa mère, une femme particulièrement pieuse, est embarrassée des nombreuses récompenses nationales et internationales qu’elle reçoit, et de l’attention qu’elle suscite.

Son combat, c’est d’abord au départ celui initié par son père, dont le rêve était d’ouvrir une école. A force de travail acharné et de nombreux sacrifices, il est parvenu à réaliser ce rêve, et Malala a littéralement grandi dans cette école (au début toute petite, puis qui s’est par la suite développée) comme elle le fait elle-même remarquer.

Cette école instruit aussi bien les filles que les garçons, même si à partir d’un certain âge ils sont séparés dans des bâtiments différents.  
Malala a compris dès sa petite enfance l’importance de l’éducation pour tous et en particulier pour les filles et, lorsque les talibans, qui sont bien sûr contre l'éducation des filles, finissent par prendre le pouvoir dans sa vallée après avoir débuté leur « ascension » politique par des flots de propagande sur une petite radio (pirate je crois, si je me souviens bien), elle décide de s’opposer à eux. Encore toute jeune, elle prend déjà la parole (utilisant pour cela son expérience acquise lors des concours d’éloquence auxquels elle a autrefois participé) notamment sur des média locaux, et décide de braver l’interdiction faite aux filles par les talibans de se rendre à l’école, et même leur ultimatum, alors que déjà les premières écoles de fille sautent sous les bombes des militants religieux. Elle pense qu’elle ne risque rien. Elle est trop jeune et, malgré tout, les talibans ne s’en prendraient jamais à une enfant. C’est plus pour son père qu’elle a peur. Il s'oppose lui aussi ouvertement aux talibans, il a refusé de fermer l'école comme ils le lui "demandaient", et il a souvent reçu des menaces. Souvent, elle ne trouve le sommeil que lorsqu’il est rentré sain et sauf à la maison, et elle se relève souvent le soir pour aller vérifier que tous les verrous sont bien tirés.

La situation dans le Swat se dégrade chaque jour davantage. Le régime mis en place par les talibans est de plus en plus dur.  Femmes obligées de se cacher totalement le visage sous une burqa dont elle précise que c’est un véritable four l’été, et totalement interdites de sorties si elles ne sont pas accompagnées d’un homme, qui plus est de leur famille, même s’il ne s’agit que d’un enfant de cinq ans. Hommes et femmes cruellement fouettés en public, tués, et même massacres, deviennent le quotidien des habitants de la vallée. Le régime est si dur que même chez les partisans originels de la talibanisation de la société, des personnes qui avaient autrefois soutenu le chef taliban, alors qu’il diffusait encore sa propagande sur sa petite station de radio, et qui lui avaient versé d’importantes sommes d’argent pour le soutenir, parfois même toutes leurs économies, commencent à se poser des questions ou à s’en mordre les doigts.

Dans de telles conditions, le courage, la volonté et la ténacité de Malala, mais aussi de toutes les autres filles qui ont pourtant décidé de continuer à se rendre, chaque jour et ouvertement, à l’école, sont ahurissants. J’en suis restée bouche bée, stupéfaite et littéralement sans voix. Ce n’est pas quelque chose que normalement je consentirais à dire, mais là il me faut bien avouer humblement que j’étais en larmes à la fin du livre.

A lire absolument. Absolument.