Contrôle au faciès.

Je viens de lire cet article et visionné les vidéos qui l'accompagnent, et je suis révoltée que dans la France du 21ème siècle, on persécute quotidiennement des gens qui n'ont strictement rien fait, et on s'acharne à leur pourrir la vie, sans se préoccuper le moins du monde de l'impact que ça peut avoir, de leur sensibilité, de la souffrance qu'ils peuvent ressentir.

 C'est absolument dégueulasse le contrôle au faciès, et on devrait tout bonnement interdire, pas juste "chercher à lutter contre", le contrôle des gens dans la rue. Si c'était interdit, les flics arrêteraient de le faire, un point c'est tout. Parler de "lutter contre", c'est totalement hypocrite. C'est vouloir continuer à donner l'autorisation de le faire, tout en essayant de se faire passer pour quelqu'un qui est choqué par ces pratiques. La meilleure façon de "lutter contre", c'est d'interdire. Immédiatement. Qui le fera ? Je serais curieuse de le savoir...

Il faudrait peut être que les gens qui refusent de comprendre essayent une seule minute de se mettre à la place de ces mecs (cela arrive-t-il aussi aux filles au fait ? La vidéo n'en interroge pas une seule) pour essayer de ressentir l'effet que ça doit faire quand tu sors tranquillement de chez toi, pour aller faire des courses, aller bosser, aller au ciné ou n'importe quoi d'autre, et tout d'un coup deux ou trois flics te tombent dessus pour vérifier tes papiers !!! Pourquoi ?? Qu'est-ce que tu as fait pour mériter un contrôle alors que d'autres citoyens n'en subissent JAMAIS ?
Oui, mais... on nous dit que c'est pour lutter contre l'immigration clandestine. Qui a dit que les immigrés clandestins étaient forcément non Blancs ?? Des immigrés clandestins Blancs, c'est impossible ? Ca n'existe pas, peut être ?

Si on se met deux minutes à la place de ces personnes systématiquement contrôlées, on comprend très bien le traumatisme que ça doit être, pas seulement le traumatisme du contrôle lui même, avec en prime certains passants qui te regardent avec des airs que j'imagine bien méchants ou moqueurs, mais le traumatisme de se sentir à part, mis de côté, qu'on te "rappelle" en permanence, comme l'un des intervenants le dit dans la vidéo, que tu n'es pas considéré comme les autres, mais considéré comme une autre sorte de citoyen. Presque un paria.

"Français parce qu'on t'a donné la nationalité, mais en réalité t'es pas vraiment, vraiment Français" ou bien, au contraire, "en plus il est même pas Français celui là, il a même pas la nationalité"...
Alors quand les personnes d'origine immigrée (la belle expression...) ont une autre nationalité, on leur reproche de ne pas vouloir être Français, de ne pas vouloir s'intégrer, et quand ils sont Français (nés en France ou pas, peu importe) on va jusqu'à leur reprocher d'avoir voulu la nationalité pour mieux "profiter". On considèrera toujours leur nationalité comme un "cadeau", une "faveur" qu'on leur a faite, alors qu'on considère cette même nationalité comme allant tout à fait de soi pour une personne à la peau blanche.

Changer les lois, c'est une chose, et ça aidera, mais que peut-on faire pour changer les mentalités ? Car c'est bien au niveau des mentalités que le problème est le plus fort. Interdire les contrôles systématiques des citoyens dans la rue, ce serait déjà super, mais que faire pour empêcher que des personnes soient stigmatisées en permanence dès qu'elles osent mettre le nez dans la rue ?
Pas un seul jour sans que ces personnes ne puissent sortir dans la rue sans qu'au moins une personne leur rappelle, par son comportement, ou même par son regard, qu'ils sont considérés comme différents. Des éternels étrangers. Même si cela fait vingt cinq ans qu'ils sont là, ils restent aux yeux des "autres" des étrangers. On ne leur accordera jamais le droit de se sentir chez eux.

Regards chargés de haine (ou de pitié) par deux, trois, cinq, dix personnes chaque jour, parce qu'elle porte un foulard. Manque de la politesse la plus élémentaire, ou politesse hypocrite, parce qu'il est Noir ou Arabe. Silence glacial parce qu'il ou elle ose critiquer un point de la vie en France (vie politique, vie économie, vie quotidienne...) et qu'on considère qu'il n'a pas son mot à dire parce qu'il est d'origine étrangère, et que "s'il est pas content, il a qu'à retourner dans son pays"...

Ce doit être encore plus dur pour les personnes nées en France. Né en France, parle Français (forcément), école en France, cherche plus tard du travail comme tout le monde... etc... eh bien non ! cette personne n'est pas considérée, par les "vrais" français qui se revendiquent haut et fort comme tels, comme "vraiment" "tout à fait" "complètement" Française

"Ah bon... TOI, tu vas t'installer dans le Larzac ?" sourire embarrassé... (Autrement dit : "que va-t-il donc aller faire dans le Larzac ? En plus, il va être rejeté, ce qui après tout, est compréhensible"... etc etc...) Je n'ai pas été témoin d'une telle scène, mais je l'imagine très bien. Il ne sera pas, comme tout le monde, un mec parti s'installer dans le Larzac, il restera, à vie, oui, à vie, un Arabe, ou un Noir, ou... parti s'installer dans le Larzac.
Et le mec, il ne sera jamais Charentais (voir la seconde vidéo), il restera de toute façon "maghrébin" (je fais exprès de ne pas mettre de majuscule pour bien marquer la condescendance qu'il subit). Ca ne vient à l'idée de personne que ce mec est AUSSI un Charentais.

La seconde vidéo est parlante... "et même quatre cinq six dix fois par semaine, ça crée un stress épouvantable. " nous apprend cette dame. J'aime bien le "même"... Une seule fois par semaine, ça me suffirait amplement pour être épouvantablement stressée, chère madame, car si l'on compte, ça fait déjà cinquante deux contrôles d'identité par an... Un par an, c'est déjà un de trop.

Plus loin, cette même dame ajoute qu'un de ses frères a le teint "un peu bazané", et qu'il est régulièrement contrôlé... "même quand il est avec moi". 
C'est, là encore, et même plus encore, ce "même" qui me gène profondément. Autrement dit, elle considère que sa présence devrait suffire pour que son frère ne soit pas contrôlé. Que sa présence, avec sa peau blanche, devrait être un "garant" de la bonne moralité de son frère... Autrement dit, elle est surprise et considère anormal que lorsqu'il est accompagné par une blanche, son frère soit contrôlé, et moins surprise, et finalement moins choquée, que ça lui arrive régulièrement lorsqu'il est seul, car, après tout, c'est compréhensible... 
N'est ce pas...

Les mentalités, si profondément ancrées dans la tête de certaines personnes, vont être dures à changer...

Faire pleurer des gens, parfois des gamins, humilier des personnes au quotidien, les blesser, les traumatiser... Ca ne choque personne ? On trouve ça normal ? On s'en fiche complètement, peut être ?