Le vétéran.

Nous avons fait la connaissance l'autre jour d'un vétéran (Britannique) du débarquement en Normandie. C'était, comment dire... émouvant. Moi qui ai lu des tonnes de trucs sur ce débarquement, qui ai, dans le passé, sillonné en long, en large et en travers, et à deux reprises, ces longues plages désormais désertes du Cotentin, qui ai visité tous les sites, et jusqu'au plus petit musée, de la région, qui ai, des années après, regardé à la télévision le 60ème anniversaire de D Day en 2004, touchée de voir défiler en bon ordre ces personnes âgées, ces vieux vétérans parfois en chaises roulantes, ou s'appuyant sur des cannes et cachant tant bien que mal leurs difficultés à marcher, fiers de ce qu'ils ont accompli, fiers d'être encore là et heureux de participer aux célébrations, touchée aussi de voir la Reine Elizabeth en personne retenir avec difficulté, mais dignité, son émotion, en dépit de tout cela, je n'avais encore jamais rencontré un de ces hommes venus, un petit matin de juin 1944, se jeter sous les balles et les obus ennemis, sur les côtes sauvages d'un pays qu'ils n'avaient parfois jamais visité, et dont ils ne parlaient souvent que des rudiments de langue, rapidement appris grâce à ces petits livrets distribués aux forces armées.

Je ne sais vraiment pas d'où je tiens cette passion pour l'histoire du débarquement en Normandie. Je n'ai pourtant aucun penchant d'aucune sorte pour les questions militaires. Les guerres en tous genres me donnent la nausée, et me révoltent lorsque les civils en sont les victimes.
 
Le vétéran se tenait là, en ville, dans la "High Street", comme on l'appelle en Grande Bretagne, un samedi après midi, en compagnie de son fils et de leur antique jeep, un véhicule qu'ils ont restauré et qui a, lui aussi, participé au débarquement. Le véhicule servait de support à une exposition de photographies et documents divers sur le débarquement. Nous nous sommes approchés pour voir cela de plus près...

Andy, le fils, étant un ancien collègue de travail de mon compagnon, la conversation s'est engagée autour de la jeep, tandis que nous regardions les photographies et posions quelques questions. C'est alors qu'il nous a présenté son père, un vieux Monsieur en chaise roulante, la santé un peu chancelante et devenu sourd du fait de son grand âge, dont je n'avais pas imaginé un seul instant qu'il puisse être un vétéran du débarquement. Dans ma tête, bizarrement (et bêtement), les vétérans du débarquement en Normandie n'existaient plus qu'à la télé, dans des documentaires ou des reportages, ou sur des photos un peu jaunies. 

Je conçois fort bien que cela soit difficile à comprendre, mais j'ai eu un choc en le voyant.  On peut dire ce que l'on veut (et beaucoup ne s'en privent pas), que c'était un coup monté des USA pour installer sa domination et son influence sur l'Europe et bla bla bla... j'ai déjà entendu et lu ce genre de propos, il n'en demeure pas moins que Dieu seul sait ce que l'Europe (et le monde) serait devenue si ces hommes n'avaient pas été là pour la libérer, avec plus de chances de mourir sur ces plages de sable fin que de ressortir vivants de l'enfer qu'ils allaient devoir affronter.

Le sonotone de ce Monsieur étant malheureusement en panne, il nous a été impossible de communiquer. Andy a tout de même réussi à expliquer que j'étais française. Nous nous sommes alors chaleureusement serré la main et, ne pouvant rien dire d'autre, j'ai simplement articulé "thank you". Je crois que ce simple "thank you" a résumé à peu près toute la situation.

Aujourd'hui nous avons été contactés par Andy, me demandant de traduire en français la réponse à un email adressé depuis la France à son père. La fin de la réponse disait : "nous nous préparons pour les commémorations du débarquement en 2014, ce sera un moment émouvant pour tous". 

Lorsque l'on sait l'âge des vétérans de ce débarquement, et que l'on voit qu'ils n'étaient déjà plus très nombreux, en comparaison des précédentes commémorations de 1994, à participer aux célébrations de juin 2004, on ne peut que croiser les doigts et espérer qu'ils seront tous là, au rendez vous, dans un an et demie, mais aussi cinq ans ou dix ans après,filant fièrement assis dans leurs chaises roulantes, ou marchant tout aussi courageusement en s'appuyant sur leurs cannes, et que nous pourrons encore longtemps leur serrer chaleureusement la main, et leur dire, simplement, : "thank you".



11 juin 2013.
Je viens d'apprendre ce jour le décès du père d'Andy, une année seulement, juste une petite année avant le 70ème anniversaire du Débarquement. Lui qui attendait ce moment avec tant d'impatience, et qui se préparait déjà aux cérémonie... Une nouvelle qui m'attriste beaucoup. 
Combien de Vétérans seront présents le 6 juin 2014 en Normandie ? Ils partent tous, les uns après les autres, emportant avec eux leurs souvenirs, mais aussi leur connaissance des événements.
Je crains qu'il n'y ait plus de Vétérans pour le 80ème anniversaire du Débarquement en Normandie. Si du moins il y a un 80ème anniversaire du Débarquement en Normandie.
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