Fresco !!

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Ce fut un véritable scandale lorsque Elias Garcia Martinez, sombre manipulateur de pinceaux à ses heures perdues, décida, il y a de cela plus de cent ans, ou était-ce au début du vingtième siècle, on ne sais même plus, de décorer la petite église d’un village espagnol situé près de Zaragoza d’une peinture plus que douteuse représentant Jésus Christ.



Les villageois outrés devant la médiocrité de la réalisation ne se privèrent pas de dire tout le mal qu’ils pensaient de cette « œuvre », comme tenait à la nommer son « créateur ». La télévision n’existant pas encore, ce furent donc les journaux qui s’emparèrent de l’affaire, et finalement l’histoire fit le tour du monde. On blâma autant qu’il fut possible l’arrogant homme pour son manque de talent et de claivoyance, ainsi que son manque de culture artistique, il fut ridiculisé en place publique, moqué, raillé, et fut finalement chassé de son village natal par ses proches qui ne supportaient plus l’humiliation ressentie chaque fois qu’ils osaient encore sortir de chez eux.

On conserva néanmoins cette peinture grotesque dans l’enceinte de l’église, car personne ne voulut jamais se dévouer pour l’héberger à son domicile, et l’idée de la détruire ne convenait pas au Prêtre. Petit à petit, les villageois et les touristes de passage oublièrent la médiocrité (et le mot n’est pas trop faible !) de la toile, et finalement ne lui accordèrent plus la moindre attention.

Le temps fit fort heureusement son œuvre, comme quoi il y a une justice en ce bas monde, et la peinture se dégrada lentement, s’écaillant peu à peu, tombant en poussière. La lumière contribua à faner les couleurs criardes qui la composaient. Le Prêtre pensa toutefois qu’il était temps de remplacer la toile par quelque chose de plus seyant. Par une véritable œuvre d’art, et non un infâme gribouillis d’amateur peu éclairé.

Le problème se posa alors de savoir s’il ne fallait pas restaurer l’œuvre existante, plutôt que de la remiser purement et simplement aux oubliettes. En effet, aucun peintre digne de ce nom n’existait dans le village, qui comptait pourtant dans ses rangs une excellente restauratrice de tableaux, à qui l’on fit immédiatement appel dès que la décision fut prise, également pour des raisons de budget, de restaurer ce vieux torchon.

Ce fut avec un enthousiasme débordant qu’elle se mit à la tâche, dans l’église même qui fut son inépuisable source d’inspiration, réparant non seulement les méfaits du temps, mais également les ahurissantes fautes de goût de son prédécesseur. Et voilà le résultat.


Admirez la finesse du trait, la délicatesse des couleurs, le rendu exceptionnel des ombres et des lumières, l’expression si vraie, si émouvante que l’on peut lire dans le regard du Christ qui, plutôt que de lever stupidement les yeux vers le ciel, tourne maintenant son regard plein de franchise vers les désormais nombreux admirateurs du tableau, semblant même vouloir remercier, en lui tirant la langue, la brave restauratrice d’avoir consacré tant de temps et d’efforts pour redonner vie à la toile ancestrale.

Elle a d’ailleurs été interviewée par toutes les télévisions du monde entier, qui n’ont pas hésité à se déplacer jusque dans son village pour rencontrer ce génie jusqu’alors méconnu. La vidéo mise en lien ici étant en espagnol et doublée en anglais, traduisons ici même ses déclarations, ainsi que celles des deux témoins


« Restauratrice de Tableaux : vous ne pouvez imaginer le temps que j’ai mis à restaurer cette horreur ! Je n’en dormais plus de la nuit ! Je buvais des litres et des litres de café afin de me tenir éveillée ! Enfin, c’est terminé ! Je vais pouvoir me reposer !

Journaliste : Ce fut toutefois un secret bien gardé !

Restauratrice : Nooon ! Du tout ! Tout le monde savait que je peignais, je ne me suis pas cachée. D’ailleurs j’en ai profité pour donner des cours de peinture aux visiteurs de passage. Ce fut un plaisir, et je compte d’ailleurs restaurer beaucoup d’autres œuvres comme celle-ci , et même ouvrir une école d’Art.

Petite fille du peintre honni : Ma famille a été déshonorée par le barbouillage immonde effectué par mon aïeul. Grâce à Madame X, nous voilà enfin réhabilités. J’aime particulièrement la tête du personnage, plus encore que le bas du tableau.

Responsable local de la Culture : Nous sommes très satisfaits des services de Madame X, et avons décidé de lui confier la restauration de la fresque hideuse que vous voyez derrière moi. Le travail débutera dans les tous prochains jours. »


Parions que Madame X saura effectuer sur cette fresque un travail aussi remarquable que celui qu’elle vient de réaliser, rendant ainsi à l’Art, enfin, ses lettres de noblesse et lui apportant par la même occasion la petite touche de modernité qui lui faisait défaut.



(Captures d'écran de la vidéo de la BBC)













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