15/02/2018

Sur les profs

Quelques réflexions personnelles 
sur les profs et le métier de prof.



Je ne suis pas prof moi-même, donc mon avis vaut ce qu'il vaut. Il s'agit seulement ici d'exposer quelques observations personnelles, et les conclusions, peut-être un peu hâtives, je ne sais pas, que j'ai tirées de ces observations.

En octobre 2012, j'avais écrit un texte sur Agoravox intitulé "Chasser le mammouth" dans lequel je décrivais le quotidien et les difficultés des enseignants, principalement ceux du primaire, de plus en plus confrontés à l'envie de démissionner de l'Education Nationale, surnommée en France le "mammouth" en raison, notamment, de sa lourdeur bureaucratique.


Pour la rédaction de ce texte, je m'étais appuyée sur :

- les rares témoignages et observations d'une amie instit récalcitrante à me raconter son quotidien, peut-être par peur que je ne comprenne pas, ce qui pourrait arriver, en effet, car quand on n'est pas dans ce métier, c'est très difficile de le comprendre, me semble-t-il. Pour parler plus généralement, je crois qu'on ne comprend vraiment que ce qu'on expérimente soi-même. On peut comprendre intellectuellement la chose, mais ça reste malgré tout distant, comme mode de compréhension. On ne comprend "dans ses tripes", si je peux dire, que si l'on est soi-même plongé jusqu'au cou dans le bain. Donc je sais finalement très peu de choses sur le métier d'instituteur par cette personne. Ce que je sais, je le tiens presque en totalité de mes lectures. 

- la lecture, donc, d'articles de journaux, en particulier ceux présentant des témoignages de profs en reconversion, en voie de reconversion ou au bout du rouleau, 

- et sur les très, très nombreuses informations et témoignages trouvés sur les forums de discussion de professeurs, surtout le forum réservé aux enseignants du primaire. 

A l'époque, dans cet article datant de 2012, je me suis positionnée à 100 % en faveur des enseignants (l'objet de cet article étant de nuancer cette position, en essayant toutefois de rester aussi compréhensive et indulgente que possible), car au fur et à mesure que je parcourais les pages sur internet, je n'en revenais pas de ce que je lisais et de la dureté du quotidien d'un enseignant. Je me suis mise à fouiller ces forums dans leurs moindres détails, et plus je lisais, plus mes yeux s'écarquillaient de surprise. 

J'ai découvert dans ces forums un véritable ras le bol de certains profs (pas tous, il en existe aussi qui s'éclatent dans ce métier et qui n'en changeraient pour rien au monde, mais ce pourcentage de profs heureux n'est-il pas en chute libre ?), ras le bol non seulement des conditions de travail elles-mêmes, mais parfois aussi de l'essence même de ce métier, de ce qui le constitue. Ras le bol d'ETRE enseignant.

- J'ai lu des témoignages de profs qui aimaient au départ leur métier, l'avaient choisi en toute connaissance de cause, mais qui, au bout d'un certain nombre d'années passées à en baver avec les élèves difficiles, à se prendre le choux avec leur hiérarchie (inspecteurs etc) mais aussi avec certains collègues, à subir des parents irrespectueux, étaient usés, n'en pouvaient plus et faisaient un "burn out".
Certains profs finiraient d'ailleurs à l'asile psychiatrique, et il existerait même en France un hôpital psychiatrique pour profs ! C'est dire ! 
C'est apparemment de cela dont il s'agit quand on voit un membre du forum dire à un autre : "si tu continue comme ça et que tu ne te préserves pas, tu vas finir à La Verrière", La Vérrière étant visiblement l'hôpital psy en question. 
Il faut dire que sur les forums, les profs se comprennent entre eux. J'avais d'ailleurs, dans cet article précédemment cité, fait la remarque des abbréviations et accronymes nombreux que les profs utilisent dans leurs échanges, impossibles à comprendre si on n'est pas dans le métier soi même.

En fait, pour revenir à La Verrière, je ne sais pas si cet établissement est uniquement réservé aux profs, mais ce que j'ai lu, c'est que c'est là qu'atterriraient les profs ayant décroché de la réalité, certains étant même devenus de vrais loques. Excusez l'emploi de ce terme pas très valorisant, mais je crois que certains profs sont vraiment démolis par ce métier usant, physiquement et psychologiquement.

- J'ai lu des témoignages de jeunes (ou moins jeunes en âge, mais jeunes dans le métier) profs qui avaient idéalisé le métier sans le connaître, qui s'y étaient engagés avec l'enthousiasme des débutants, autrement dit des ignorants, qui regrettaient amèrement leur choix (parfois au bout de quelques mois d'exercice seulement) une fois en contact avec la réalité du métier, et ne savaient pas quoi faire pour se tirer de ce bourbier. Ils étaient tombé dans un piège, à les lire, et ne savaient comment s'en échapper.
Se reconvertir, se reconvertir à tout prix, dans n'importe quel domaine, pourvu qu'ils cessent d'être profs. La question qui revenait alors le plus souvent étant : "se reconvertir, oui, mais dans quoi ?" Le sentiment d'avoir échoué cette fois, de s'être complètement trompé de chemin, leur donnait l'impression de n'être bons à rien. La difficulté à changer de voie en France, et les lourdeur administratives du "mammouth" n'étant certainement pas non plus étrangères à cette impression d'être coincés là où ils avaient, par mégarde, atterri.
Certains de ces profs désabusés étaient de jeunes diplômés, d'autres des personnes en reconversion, qui avaient justement choisi de se reconvertir dans l'enseignement !! Mauvaise pioche, visiblement... Beaucoup de ces nouveaux profs faisaient remarquer à quel point ils regrettaient leur ancien métier, qu'ils avaient pourtant quitté en croyant trouver enfin leur voie, leur idéal qui allait leur permettre de s'épanouir dans la vie.

- J'ai lu des témoignages de profs qui se plaignaient beaucoup de leurs conditions de travail, de la difficulté à enseigner, mais qui semblaient subir leur situation sans savoir quoi faire pour qu'elle change. Ceux là ne parlaient jamais de se reconvertir, mais ne donnaient pas l'impression d'être heureux dans leur métier. Peut-être, me suis-je dit, devraient-ils envisager, eux aussi, de changer de métier. 

- Et puis j'ai lu ici et là des témoignages de profs qui idéalisaient leur métier, idéalisaient l'image de l'enseignant, pilier de la société, etc etc, tout en se sentant très mal dans leur costume d'enseignant en raison de leurs conditions de travail. Je pense que ceux là n'envisageront jamais un changement de carrière, ils en refuseront l'idée même, parce qu'ils sont convaincus d'avoir une noble mission à accomplir auprès de la jeunesse, auprès de la société toute entière, et qu'ils sont prêts à souffrir, se sacrifier, sacrifier leur vie entière pour l'accomplissement de cette mission. 
C'est vrai qu'un enseignant est une personne importante de la société, du moins devrait-elle l'être, mais de là à voir dans ce métier un sacerdoce ! C'est bien d'avoir le sens des responsabilités, mais si sa vie entière en est mise sens dessus dessous... 
Peut-être est-ce ces enseignants-là qui sont le plus à risque de faire des burn-outs ? Car à force de s'oublier totalement eux-mêmes, de sacrifier leur vie entière à leur mission, bref, d'en faire trop... ils finiraient par pêter un plomb ? Est-ce que ça en vaut vraiment la peine ? On ne vit qu'une fois après tout, alors ça vaut peut être aussi la peine de pas démolir la seule vie qu'on aura...
Il me semble aussi que ce sont ces enseignants là qui se réfèrent à tout bout de champ au passé. Avant, c'était mieux, l'enseignant était respecté. Avant, c'était mieux, on pouvait enseigner dans une classe attentive, une classe comme ci, une classe comme ça, une classe sans téléphones portables qui sonnent, sans parents qui viennent vous embêter à la fin des cours. Avant, c'était mieux, un enseignant enseignait, il n'était pas assistant social, psychologue, infirmier, nounou, gendarme (j'ai même lu "gardien de zoo" dans le forum cité plus haut, parfois je me suis même demandé si certains instits aimaient vraiment les mômes.)...

Ce qu'ils disent est évidemment vrai, les enseignants ne se plaignent pas pour rien : il est totalement anormal que le téléphone d'un élève sonne en plein cours (et qu'en plus il réponde !), qu'il n'enlève pas sa casquette en rentrant dans la classe, ou qu'il agresse le prof si celui-ci le réprimande... mais je crois que la société ayant changé en profondeur (en bien ou en mal, à chacun de juger, certainement en mal s'il n'y a plus de respect des profs), et du coup, les gamins ayant changé eux aussi, le métier d'enseignant a lui aussi changé, forcément, mais c'est cela qu'ils ne parviennent pas à voir.

La société étant devenue ce qu'elle est, un jeune "lambda" va trouver plus important de vérifier son Facebook ou sa messagerie plutôt que d'étudier un texte "rasoir" (selon ses critères) d'un auteur du 16ème siècle dont il n'a parfois que faire, puisque cet auteur est complètement déconnecté de son quotidien de "jeune d'aujourd'hui", de ses préoccupations. C'est regrettable, c'est lamentable, tout ce qu'on voudra, mais il faut aussi voir que ce gamin est tout simplement intégré dans le monde (qu'on aime ou qu'on n'aime pas) dans lequel il vit, il est né dedans, il en fait intégralement partie, et il interagit avec les autres qui font partie du même monde que lui. 

Les enseignants, s'accrochent à l'illusion de pouvoir enseigner comme on le faisait au siècle dernier, et même, horreur absolue ! de faire lire des livres aux élèves ! Ce qui est parfaitement normal, c'est extrêmement important, de lire des livres, mais c'est devenu (malheureusement) totalement incompatible avec ce qu'est devenue notre société du début du 21ème siècle. On est bien obligé de faire ce constat si on veut comprendre ce qui se passe.

Lire, cela demande de la concentration, du temps, cela demande de se poser, calmement, d'être seul un certain temps (on ne lit pas un livre avec un copain, l'un tenant la partie droite et l'autre tenant la partie gauche), ça demande de la réflexion, ça demande un rythme de vie nettement plus lent que celui que la majorité des gens ont. Et pis ça exige qu'on déconnecte son iphone. 
Un gamin d'aujourd'hui, son téléphone portable est une extention de son bras. Il fait partie de lui. Homo Telephonicus, voilà à quoi les enseignants d'aujourd'hui ont affaire. Donc, pas la peine de continuer à se leurrer et croire dur comme fer qu'on enseigne à Homo Sapiens (ou Homo Ca Pionse, pour les élèves les moins attentifs).

Notre société est donc basée sur tout le contraire, elle encourage les gens à faire tout le contraire : communication instantanée, connexion permanente avec les autres (même sans communiquer, juste pour être connecté), technologie changeant à vitesse grand V, zapping, télévision abrutissante, écriture ultrarapide, puisque c'est le seul mode d'écriture adapté à nos modes de communication... 

A moins d'être totalement schizo, je ne vois pas comment un gamin du 21ème siècle peut parvenir à être ces deux personnes à la fois : l'une répondant aux exigences de l'école dès que la porte de la classe s'est refermée, "cliiiiing !" un coup de baguette magique et "hop !" changement instantané de costume (ça me fait penser à un film de Georges Méliès), et l'autre personne répondant le reste du temps, en dehors des murs de l'établissement scolaire, dans la "vraie" vie, quoi, aux exigences de la vie actuelle dans nos sociétés technologiques modernes.  

On peut faire de la résistance pour éviter les excès de la société de consommation, de la société du "tout technologique", je suis la première à le faire, ne m'équipant que de ce dont j'ai réellement besoin, mais qu'on le veuille ou non, on y est intégré, dans cette société actuelle. Le seul fait de se servir d'Internet au quotidien montre bien qu'on est intégré dans notre société de communication technologique. Donc, se servir d'Internet pour râler publiquement, sur les réseaux sociaux ou les forums de discussion, que le monde était mieux avant, à une époque où les ordinateurs individuels n'existaient même pas... c'est un peu étrange, tout de même...

Ce n'est même pas une question de classe sociale. C'est juste le monde dans lequel on vit, c'est tout. Et ce monde technologique, on y baigne tous, qu'on soit riche, qu'on soit pauvre, qu'on vienne d'un milieu éduqué ou moins éduqué.

Donc, inutile de ronchonner sur ce qu'est devenue la société car, qu'on le veuille ou non, qu'on le voie ou non, on est tous plongés là dedans, et de plus on ne reviendra pas en arrière. Peut-être le faudrait-il, ne serait-ce que pour soulager notre pauvre planète, mais je ne crois pas que ça se fera. 

C'est donc aux enseignants de s'adapter, et adapter leur façon d'enseigner. Vouloir continuer à enseigner comme on le faisait dans les années 50, devant un public des années 50, être totalement décalé par rapport à ses élèves, voire par rapport à la société dans laquelle on vit, c'est se ramasser à tous les coups. 

Il me semble que beaucoup de profs sont dépassés. Pas tous, évidemment, mais ceux qui se plaignent en permanence que le monde était mieux avant. Ceux là, au lieu d'intégrer pleinement ces nouvelles technologies, ces nouveaux moyens de communication, dans leurs méthodes d'enseignement, au lieu de tirer parti de ces nouveaux outils et les utiliser à des fins pédagogiques, au lieu de faire évoluer leur métier, ce qui est non seulement indispensable, mais inévitable, au lieu de repenser en profondeur leur rôle, voire même tout chambouler, tout révolutionner, ils font un blocage. 

Ces valeurs ne sont pas dépassées, ce sont de vraies valeurs, j'en conviens. Mais je le répète, la société a changé, et on ne reviendra jamais en arrière.

Lorsque les enseignants se plaignent de ne plus être seulement enseignants, mais aussi gendarmes, assistant sociaux, psychologues, sociologues, infirmiers etc, c'est probablement lié aux changements de la société, qui ont radicalement modifié les conditions de vie et de travail des gens, et qui ont bouleversé les rapports entre les gens, et par conséquent les rapports à l'autorité. 


Le métier a changé en profondeur, et eux, ces enseignants là, ils ne l'ont pas vu venir. Ils continuent à ne pas vouloir le voir. Ils continuent imperturbablement à s'accrocher, comme à une bouée, à un métier qui n'existe plus. Je suis persuadée que le métier d'enseignant est devenu un autre métier, au point qu'il faudrait peut-être même envisager de lui trouver un autre nom.
Ils en sont restés (avec un "s" à la fin ?) à l'époque où un enseignant enseignait, point. Il me semble que s'il s'agit toujours d'enseigner en priorité, tant qu'à faire, il ne s'agit plus uniquement d'enseigner. Et c'est ça qu'ils ne voient pas, ou refusent de voir.

De nos jours, un enseignant a plusieurs casquettes. Il doit avoir plusieurs casquettes et il doit accepter le principe de devoir toutes les porter, s'il veut s'engager sereinement dans ce métier, sinon il ne s'en sortira jamais et risque de grossir, tôt ou tard, la liste des enseignants en "burn out", voire pire. C'est mon avis.

Eh bien oui, il est gendarme, qu'il ait envie de l'être ou pas (là, il s'agit plus d'un képi que d'une casquette), parce que beaucoup de gamins arrivent en classe sans avoir reçu à la maison l'éducation qui leur permettra de travailler dans le respect du prof et le respect d'autrui en général. C'est lamentable, comme situation, je suis bien d'accord, mais c'est un fait. C'est évidemment regrettable, d'être obligé de faire le gendarme, mais ça ne sert à rien de ruminer ça du matin au soir. Donc, partir du fait, de la réalité des choses, et non pas de ce qu'on voudrait, et construire à partir de là ses méthodes d'enseignement.
De toute façon, les enseignants ont toujours eu, plus ou moins, à porter le képi du gendarme, parce que les problèmes de discipline ont toujours existé. Ce n'est pas nouveau.
Donc, aspirants enseignants qui croyez que vous allez religieusement enseigner votre noble matière devant une classe bouche bée où l'on entendra les mouches voler, sachez, avant de rentrer dans l'enseignement, que non, pas du tout, vous allez devoir, à plus ou moins haute dose, faire le gendarme. Parfois, sur une heure de cours allouée, vous ne ferez effectivement cours que, je sais pas, trois quarts d'heure ? C'est sans aucun doute la casquette la plus lourde à porter, et accepter à l'avance que le fait de porter cette casquette, ça fait partie intégrante du métier, qu'on le veuille ou non, ça vous évitera de grosses déceptions.

Eh oui, il est psychologue, qu'il veuille l'être ou pas, parce que les gamins d'aujourd'hui ont très certainement moins de repères que les gamins d'autrefois, et les gosses qui arrivent en classe ont souvent, peut-être même plus souvent qu'on ne le pense, des problèmes relationnels, des problèmes de personnalité, ils ont aussi, parfois, des problèmes de violence à la maison, parfois des problèmes d'addiction (clope, alcool, parfois même drogues, ou jeux vidéos violents...). Ou alors, ce gamin dans la lune est, tout bêtement, amoureux, et il pense à sa belle plutôt qu'au cours et au prof.
Pas évident pour un gamin, ou un ado, qui vit des situations de vie quotidienne parfois très difficiles dans sa vie privée, d'arriver en cours le coeur léger, de faire le vide dans sa tête, et d'étudier. Or, certains profs donnent l'impression de n'en avoir rien à faire de ce qui se passe à côté de l'école. Ils disent qu'ils "ne sont pas là pour ça", que ce qu'ils veulent c'est enseigner, que c'est ça leur rôle, et le reste, ça ne les regarde pas.
Si un prof ou un instit n'a pas, dans son métier, une approche de psychologue, s'il ne sait pas, ou ne veut pas, détecter le problème familial ou psychologique derrière le problème de discipline, derrière le comportement parfois incontrôlable ou l'insolence de tel gamin, et tenter d'y remédier avec des techniques de psychologue, comme le font les psys, il passera, j'en suis persuadée, à côté des gamins à qui il est censé enseigner, et la qualité de son enseignement s'en ressentira sans doute. 
C'est vrai que l'enseignant est parfois aussi le psy des parents, apparemment. Certains enseignants se plaignent dans les forums de parents débarquant, à la fin de la journée, dans leur classe pour leur déballer leurs problèmes de couple ou autres. Evidemment, ça ne devrait pas arriver, mais je pense que c'est difficilement évitable et, bien que je comprenne parfaitement que l'enseignant puisse en avoir ras le bol à la fin d'une journée de travail passée à faire cours, à exploser sa voix devant une classe bruyante et à corriger des centaines de copies, bien qu'il ait le droit, lui aussi, d'être crevé après son boulot comme tout le monde, il ne doit pas oublier que son rôle consiste aussi à connaître le milieu familial et privé, qui n'est parfois pas à piquer des hannetons, comme on dit, dans lequel évoluent ses élèves, même s'il ne montre pas à son élève qu'il sait certaines choses. D'abord, je suis sûre que ça permet d'expliquer (je n'ai pas dit excuser) certains écarts de discipline, même s'il faut les corriger, et ensuite je suppose que ça permet de mieux adapter son enseignement ?

Facile à dire, je sais. Facile de donner des leçons et dire "les enseignants devraient faire ceci, les enseignants devraient faire cela" quand on n'est pas enseignante soi-même, mais on entend tellement d'enseignants qui se plaignent et n'en peuvent plus qu'on se demande pourquoi ils n'adoptent pas l'une des deux solutions suivantes : 
- soit changer de métier, puisque visiblement il ne correspond pas à ce qu'ils en attendaient, 
- soit revoir leur rôle en profondeur, pour essayer d'adopter une approche radicalement différente de leur métier, et accepter toutes les casquettes qu'ils sont obligés de porter, afin qu'elles ne soient pas si lourdes à porter.
Donc, aspirants enseignants qui croyez que vous allez religieusement enseigner votre noble matière devant une classe composée de gamins tous aussi équilibrés les uns que les autres, vivant dans des familles où règne l'harmonie la plus parfaite, sachez, avant de rentrer dans l'enseignement, que non, pas du tout, vous allez devoir, à plus ou moins haute dose, injecter de la psychologie dans vos relations avec votre "public" et dans votre enseignement. Le savoir à l'avance, et l'accepter, ça vous évitera de grosses déceptions.

Il est assistant social, un peu pour les mêmes raisons que celles développées ci-dessus. Un enseignant a parfois des signalements à faire auprès des services sociaux, là encore ça n'a rien à voir avec la matière (ou les matières, dans le cas des instituteurs) qu'il souhaite enseigner, mais c'est comme ça, ça fait partie du métier. Il n'y a pas de monde idéal, et les enseignants font certainement partie de la catégorie de la population qui se frottent le plus à la réalité de terrain, à la réalité de la vie quotidienne des gens. Ca peut être un poids, c'est pourquoi il vaut mieux essayer d'en faire un atout.
Cette amie instit a eu, il y a longtemps, dans sa classe un petit gosse qui arrivait tous les matins à l'école sans chaussettes, même par grand froid, sans pull, juste avec un tee shirt sale, sans avoir pris de petit déjeuner, et sans avoir pu se laver. En raison d'un refus de la famille de communiquer, d'avoir affaire de quelque façon que ce soit à l'équipe enseignante, personne dans son école ne savait s'il avait l'eau chaude chez lui, ou même s'il y avait l'eau tout court, mais il parait que le petit sentait tellement mauvais qu'on ne pouvait pas l'approcher à moins de deux mètres. L'équipe enseignante a donc été obligée de prendre la décision de le laver chaque matin à son arrivée à l'école, et même laver ses vêtements et lui en attribuer de nouveaux en attendant que les siens soient secs. On ne m'a pas raconté si un signalement avait été fait, mais il parait que ce genre de "cas", c'est à dire des enfants en extrême difficulté sociale, quelque soient les difficultés rencontrées, on en voit plus souvent qu'on ne le croit.
Donc, aspirants enseignants qui croyez que vous allez religieusement enseigner votre noble matière après vous être totalement déconnectés de la réalité du monde du "dehors", et devant des élèves qui auront sans le moindre problème laissé leur quotidien parfois composé de drames à la porte de l'établissement scolaire, sachez, avant de rentrer dans l'enseignement, que non, pas du tout, vous allez devoir, plus ou moins fréquemment, être confrontés à des situations sociales parfois très difficiles. Le savoir à l'avance, et l'accepter (enfin, l'accepter, vous voyez ce que je veux dire), ça vous évitera de grosses déceptions.

Il est, occasionnellement, infirmier. Je sais, par cette même amie instit, qu'il vaut mieux savoir faire un pansement quand on travaille dans une école primaire, vu qu'apparemment les gamins passent leur temps (en tout cas une partie de leur temps, peut-être exagérait-elle un peu en disant "passer son temps") à se bagarrer dans les cours de récréation ou se blesser d'une façon ou d'une autre. 
Donc, aspirants enseignants qui croyez que vous allez tranquillement surveiller une cours de récréation remplie d'enfants  occupés à jouant sagement aux "quatre coins" ou à la marelle, comme on le faisait autrefois, ou à faire de jolies rondes en chantant des comptines, sachez, avant de rentrer dans l'enseignement, que non, pas du tout, vous allez devoir, plus ou moins souvent, séparer des belligérants, enfoncer du coton hémostatique dans des narines qui pissent le sang, ou appliquer de la pommade sur des ecchymoses de la taille d'un pamplemousse. Le savoir à l'avance, et l'accepter, ça vous évitera de grosses déceptions.

Donc, pour résumer, un enseignant, de nos jours, ce n'est plus un enseignant. C'est un enseignant-psycholoque-gendarme-sociologue-infirmier-assistant social... Je suppose qu'il doit avoir encore de nombreuses casquettes à porter, mais je ne les connais pas toutes. J'ai la conviction que les personnes s'engageant dans ce métier en croyant qu'ils vont être enseignants vont se planter en beauté. 

Les enseignants font-ils suffisamment de stages, sont-il correctement formés pour se préparer à ce qui les attend une fois "jetés dans la fosse aux lions", comme j'ai lu un jour sur le forum d'enseignant ? Je n'en ai pas l'impression. 

Mais quand on y pense, c'est pareil dans tous les métiers ! Un métier, quel qu'il soit, n'a jamais une seule facette !

Imaginons par exemple un propriétaire de superette qui ferait tourner tout seul son commerce. OK, il est "commerçant", mais ça veut dire qu'il devra être :
- vendeur
- acheteur (responsable du stock)
- caissier
- comptable
- responsable du service client en cas de problème et de la qualité de l'accueil (ce qui veut dire qu'il doit toujours être souriant et de bonne humeur)
- responsable du rangement des rayons
- personnel d'entretien
- étiquetteur
- coupeur de tranche de jambon (faut savoir utiliser la machine, même si c'est pas sorcier, je l'ai fait lorsque j'étais étudiante)
- et plein d'autres choses encore.

Un pharmacien, c'est pareil. Il est pharmacien, mais il est aussi vendeur.  Il a un stock et il doit vendre ses produits, les commander pour les clients s'il ne les a pas en stock, et puis je suppose qu'il doit aussi faire les comptes à la fin du mois... 
Il n'aime peut être pas être derrière son comptoir toute la journée pour servir à la chaîne les clients qui font la queue dans la pharmacie, il se dit peut-être que faire tant d'années d'études pour finalement passer ses journées à distribuer des boîtes de paracétamol ou rendre la monnaie sur le prix des crèmes de beauté, ce n'était pas ce dont il rêvait, et c'est parfaitement compréhensible, mais là aussi, ça fait partie du métier. Il faut l'accepter. 

C'est vrai que ces deux exemples, gérant de superette et pharmacien, ne renvoient pas à des métiers aussi durs nerveusement parlant que le métier d'enseignant. C'est vrai aussi que le gérant, quand il rentre chez lui le soir, il peut se détendre, regarder la télé, lire (si, si...) alors que l'enseignant, quand il rentre, il doit encore préparer ses cours et corriger ses cahiers ou ses copies avant d'aller se coucher. 

Ce que j'essaye d'expliquer, c'est qu'aucun métier n'est fait que d'une seule activité. Un métier, c'est quelque chose de complet. On ne fait pas qu'un seul aspect d'un métier. Et c'est justement ça qui est intéressant et enrichissant ! Le métier d'enseignant n'échappe bien évidemment pas à cette règle. Il me semble que certains enseignants ne l'ont pas compris. 

04/02/2018

La date de l'article n'apparait pas sur Blogger. Que faire? Je veux changer les photos de mon diaporama. Comment faire?

J'aime beaucoup le thème que j'utilise, j'y ai mis dans le diaporama* deux chouettes photos liées à l'aviation, mais je ne sais pourquoi, la date de publication de l'article ne s'est jamais affichée dans l'en-tête. Seulement l'heure. 

J'ai tout essayé, revoir les paramètres de Blogger évidemment, ajouter du code html dans le programme du thème... rien n'y a fait.

Jusqu'à ce que je déniche ce petit truc sur internet. Et là, oh miracle, ça a marché !

Alors si vous avez le même problème, essayez ça :

1) Dans la colonne de gauche de votre tableau de bord, cliquez sur "thème"

2) Cliquez sur "Personnaliser" (pas sur "Modifier le code html")

3) Cliquez sur "avancé"

4) Dans le petit tableau qui s'ouvre (dès fois il prend son temps, donc patience... si vraiment ça s'ouvre pas, cliquez sur le choix juste au dessus puis revenez sur "avancé"), qui vous permet d'ajouter vos propres CSS, copiez-collez le code suivant :

h2.date-header {
   display: block!important;
}

5) Cliquez sur "Appliquez au blog", le bouton situé tout en haut à droite de votre écran.

Voilà, c'est tout. Ca a marché pour moi, donc pas de raison que ça marche pas pour vous aussi.  


*Ps pour changer les photos du diaporama d'un thème Blogger, vu que les thèmes avec diaporama de présentation sont livrés avec des photos pré-installées, c'est super simple :

1) Dans la colonne de gauche de votre tableau de bord, cliquez sur "thème" (oui, encore !)

2) Cliquez sur "Modifier le code html"  (et cette fois, pas sur "Personnaliser")

3) Il va vous falloir trouver le "header" (ché pas comment on dit en français) et repérer où se trouvent les codes des photos pré-installées. 

4) Cliquez en haut sur "Accéder au Widget"

5) Choisissez "Header"

6) Dans la partie de code qui s'affiche alors, trouvez ce qui correspond aux images de votre diaporama.

C'est l'adresse de l'image que vous devez modifier pour changer l'image.

L'adresse de l'image, ça veut dire que le programme va aller chercher la photo là où elle se trouve pour l'afficher sur votre diaporama. 

Alors commencez par télécharger l'image sur internet, moi je l'ai téléchargée sur le blog lui même, ensuite copiez collez son adresse, qui se terminera par .jpg puis copiez collez cette adresse à la place de celle de l'image pré-chargée, entre les deux  '  '


Exemple :

 https://blablabla.com/imagepreinstallee.jpg

Vous remplacez par :

https://gnagnagna.com/monimageestsupermieux.jpg

Attention de rien enlever d'autre par erreur, ligne de code etc. 


Après, se trouve (éventuellement) la légende de la photo, que vous allez modifier aussi, tant qu'à faire (moi par exemple j'ai mis sur la première image "Attachez vos ceintures..." et sur la 2ème image "Nous allons bientôt décoller."

Enregistrez vos modifications. Et voilà, le tour est joué !

01/01/2018

Bonne Année, l'Europe, concert de Vienne et autres musiques, réfugiés, discours de Macron...

C'est marrant tout de même ce tour d'horizon des feux d'artifices dans le monde que fait chaque année la télévision française au moment du Nouvel An, reportage retransmis pour nous autres expats au journal du soir sur l'excellente chaîne francophone TV5. 

Ca commence toujours par une petite île du Pacifique, qui n'a pas forcément de feu d'artifice spectaculaire, puis on arrive dans la baie de Sydney, et on continue ensuite vers l'ouest, puis de plus en plus à l'ouest, pour enfin arriver à ce qui attend les Français s'ils se rendent sur les Champs Elysées. Puis la télévision (du moins TV5, j'avoue ne plus me souvenir de ce que font les autres chaînes, les chaînes "normales") ne montre pas le direct des festivités sur les Champs. 

En Angleterre, c'est le contraire. La télévision britannique ne montre rien de ce qui se passe ailleurs dans le monde, mais retransmet en direct le feu d'artifice tiré des bords de la Tamise, sur la grande roue, sur fond de pop music britannique. 

Je n'aime pas trop la pop britannique actuelle, lui trouvant un côté terriblement superficiel. Pourtant, d'habitude, en ce qui me concerne, du moment qu'il y a de la musique à écouter, je suis enthousiaste et partante, mais là, je trouve qu'il n'y a rien. C'est creux, c'est vide, tous les groupes font exactement le même genre de trucs, les paroles je n'en parle même pas... 

Pour combler ce vide sidéral, l'accent est mis de façon totalement exagérée sur le "look", comme ces nouveaux groupes qui s'imaginent qu'il suffit de se peinturlurer le visage ou de s'habiller de manière hyper provocante pour devenir intéressants ou faire de la bonne musique... Personnellement j'écoute la qualité et l'originalité de la musique et rien d'autre. L'emballage, le "look" des membres du groupe, leur façon de s'habiller, leur coiffure, je m'en contrefiche. D'ailleurs en règle générale, plus l'accent est mis sur l'emballage, plus le contenu est vide. 
Il y a peu d'artistes à mon avis qui dérogent à cette règle. Bowie était l'un de ceux là au début des années 70. Sa musique était aussi inventive que son look original. Cela dit, les maquillages de scène outranciers qu'il arborait à cette époque ne m'intéressent pas, voire m'agacent. Ils étaient bien réalisés, mais qu'est-ce que ça ajoute à la qualité de la musique ? Rien. Du coup, je le préfère nettement tel qu'il était dans les années 90, il était redevenu naturel, il était lui-même et non plus un personnage en représentation permanente, caché derrière une apparence. 

Pour revenir au feu d'artifice d'hier soir, même si je n'aime pas trop la pop britannique, et même si la chorégraphie du feu d'artifice était sympa, au début, mais qu'en revanche le final est misérablement tombé dans la quantité, le "tape à l'oeil", plutôt que la qualité, j'ai malgré tout apprécié le court spectacle. 

Je précise que si notre réveillon s'est déroulé devant la télé cette année, c'est lié au fait que je suis très, très, très, très, mal fichue, j'ai attrapé un germe quelque part et suis clouée la majeure partie de mon temps sur le canapé. 

Donc, on a réveillonné comme on a pu, j'ai également écouté attentivement le discours d'Emmanuel Macron dont je reparlerai un peu plus bas, puis le lendemain (ce matin, donc) on a décidé de regarder le concert de Vienne, qui est traditionnellement rediffusé chaque année sur la BBC. Je ne sais pas quelle chaîne française, ou si une chaîne française, l'a diffusé. 

Me voilà donc de nouveau scotchée devant la télé, et le concert commence. De la belle musique, de la musique de qualité, jouée par un orchestre top niveau, voilà ce que j'ai envie d'entendre, même si les valses de Vienne ne sont pas le genre de musique que je mettrais au quotidien dans le lecteur CD de la chaîne hifi. Je n'écoute pas de musique classique, dans ma vie quotidienne, mais du moment que la qualité est au rendez-vous, j'aime tous les genres (ou presque).

Mais voilà que la caméra s'éloigne de l'orchestre, de la salle de concert pleine à craquer de Princes, de Princesses et gens de l'aristocratie sans doute triés sur le volet, pour aller fièrement s'attarder sur la décoration intérieure de tel palais, de telle bibliothèque prestigieuse, afin de montrer au téléspectateur que l'on espère ébahi, j'imagine, les richesses et le faste de la haute société viennoise. 

C'est un véritable étalage de dorures aux plafonds, de peintures de grands maîtres, de lustres de cristal...  Et là, je suis prise d'un soudain haut le coeur (à moins que ce ne soit dû au germe que j'ai chopé). 

Je revois tout à coup, dans ma tête, comme un flash, ces images de réfugiés fuyant la guerre dans leur pays, parqués dans des camps sordides où tout manque, la nourriture, l'eau, l'hygiène, et où les maladies guettent... 

Je revois ces Rohingyas fuyant la Birmanie où ils sont persécutés, depuis des lustres d'ailleurs, dans ce pays bouddhiste ou l'on pourrait croire que la nature même de cette philosophie (du moins quand elle ne devient pas religion avec, donc, le risque, comme dans toutes les religions, de voir une partie de ses croyants tomber dans l'extrémisme) empêcherait ces persécutions, et moi qui croyait bêtement qu'Aung San Suu Kyi ne tolèrerait jamais un truc pareil, je suis bien déçue par son attitude ! 

Je revois ces hommes et femmes, parfois ces enfants, entassés dans des rafiots instables, encore heureux qu'une partie d'entre eux aient tout de même des gilets de sauvetage (mais je suis sûre qu'ils ont dû les payer de leur poche !), qui arrivent, épuisés, affamés, assoiffés, parfois malades, sur les côtes d'une Europe qui ne veut pas d'eux, ou qui se les partage arbitrairement, comme du bétail, à coup de "quotas"... 

Et voilà que tel pays s'offusque, se rebelle, refuse de prendre sa part, refuse de secourir des êtres humains au bout du rouleau qui n'ont qu'une envie : fuir la guerre, les persécutions, parfois plus simplement trouver enfin un travail, inexistant chez eux, qui leur permettra de vivre dignement et d'aider leur famille -des vieux parents, peut être ?- en se sacrifiant pour pouvoir envoyer de l'argent. 

Et voilà que l'Europe s'affole, panique, et vas-y que le populisme, comme on l'appelle presque pudiquement, (re)monte ici et là, tout  à coup, tout devient de la faute des immigrés (y compris ceux qui n'ont pas encore immigré) et vas-y que l'on envisage de quitter l'Europe (je vois pas ce que ça va changer pour les réfugiés fuyant des pays en guerre qui, de toute façon, se trouvent à l'extérieur de l'espace européen, ou pour les immigrants économiques qui n'ont pas d'autre choix que de quitter leur pays extra européen pour assurer leur survie et celle de leur famille), et vas-y que l'on veut rétablir les frontières, que l'on monte à la hâte des clôtures... c'est tout juste si elles ne sont pas électrifiées ! Pourquoi pas des miradors, des hauts parleurs et des bergers allemands montrant leurs crocs, tant qu'on y est ?

Je revois dans ma têtes ces images d'hommes vendus comme esclaves !! L'indignation unanime de la communauté internationale était-elle sincère ? J'ai du mal à croire que personne ne savait ce qui se passait. Si cette chaîne américaine n'avait pas révélé l'affaire, combien de temps cela aurait-il encore duré ? (mais au fait, est-ce vraiment terminé, maintenant ?)

Et tandis que je revois toutes ces images et tant d'autres, la télé viennoise continue imperturbablement d'étaler, à pleines caméras, avec un orgueil non dissimulé, tous les symboles de la richesse et de l'opulence de ce pays. 

On nous montre fièrement une peinture de je ne sais quel siècle, ma culture est limitée, ornant un plafond et représentant deux chérubins tout roses et à la limite de l'obésité. Cette peinture n'est même pas belle, quand on y pense sérieusement ! Je ne peux m'empêcher de comparer cette forme d'art avec la délicatesse exquise des bas reliefs du temple d'Angkor Vat, cette magnifique dentelle de pierre d'une finesse inouie que j'ai eu la chance de voir sur place lors de mon voyage au Cambodge en 2004 (j'ai vu aussi une sacrée dose de misère humaine et des champs encore bourrés de mines antipersonnels, dans ce pays, ça vous remue bien à l'intérieur) 

On nous montre ensuite fièrement un bâtiment des années 20 ou 30 avec en gros plan une statue typique de l'architecture fasciste et nazie de cette période... Je rêve, ou quoi ?

Comment peut-on regarder des êtres humains dans un état de détresse  totale, refuser froidement de leur venir en aide, monter des clôtures, les repousser comme des chiens errants, et ensuite crâner en étalant publiquement aux yeux du monde ses richesses et ses dorures ? Je ne stigmatise pas l'Autriche en particulier, car je ne sais pas combien de réfugiés ce pays a accepté de secourir, mais je dénonce le principe même de ce genre de comportements.

J'ai l'impression d'assister au triomphe de l'égoisme, de l'indifférence, de la déshumanisation totale de l'individu, et j'ai la nausée devant mon petit écran à la vue de toute cette opulence, et même de ces gens de la "haute société" aux airs tout contents d'eux mêmes et qui, bien entendu, se hâteraient de prendre des petits airs affreusement désolés si on leur montrait une photo d'un réfugié dans la détresse... jusqu'au moment fatidique où on leur demanderait de sortir leur carnet de chèque, bien entendu...

C'est la raison pour laquelle j'ai apprécié le discours d'Emmanuel Macron lorsqu'il a parlé de la France terre d'asile se devant d'accueillir les réfugiés, même s'il a précisé qu'il n'était pas possible de les accueillir tous, et de faire preuve de solidarité. C'est bien dommage qu'on ne puisse pas les accueillir tous, puisque visiblement personne, ou pas grand monde, ne veut d'eux.

Sinon, Macron a parlé de l'année 2018 qui sera plus sociale, et j'espère vraiment qu'il prendra le taureau par les cornes et fera vraiment quelque chose. Il est déjà appelé le "Président des riches" en France, j'en sais rien et puis c'est difficile pour moi de suivre correctement et en profondeur l'actualité alors que je ne suis pas en France. Je sais malgré tout que je ne suis pas en accord avec tout ce qu'il fait, bien qu'il ne soit pas à l'Elysée depuis très longtemps, mais je pense qu'il a les capacités, la volonté et l'enthousiame nécessaires pour améliorer vraiment la situation. On verra bien. Si j'ai un voeu, un seul, pour la nouvelle année, c'est celui de voir se développer encore davantage la solidarité, au lieu de voir les gens se refermer bêtement et égoistement comme des pauvres petites huitres !!

J'apprécie aussi l'engagement de Macron pour l'Europe, car j'ai moi-même la ferme conviction que le démantellement de l'Europe, l'abandon du projet Européen, serait la plus grave erreur que l'on pourrait commettre depuis des décennies. Cela s'accompagnerait (c'est déjà le cas ! Autrement dit, il y a urgence !) d'un renfermement total sur soi, d'une montée encore plus forte de la xénophobie, de la montée des courants extrémistes (idem, c'est franchement inquiétant) et j'en passe. Ne me croyez pas pour l'instant si ça peut vous faire plaisir, mais si ça devait arriver, vous verrez bien que c'est moi qui avait raison, d'autant plus que la xénophobie montante est justement la cause de l'envie de certaines personnes de sortir de l'Europe. Comme si l'Europe telle qu'elle était avant était mieux ! Non mais franchement, relisez vos livres d'histoire !

Il est vrai que se refermer sur soi, fermer les frontières, repousser les gens à la mer, sont les seules solutions pour celles et ceux qui veulent continuer à vivre bien tranquillement leur grande vie d'opulence (car même si on a des problèmes, ce n'est RIEN à côté de ce que vivent certains pays !) dans l'égoisme total et l'indifférence à la misère des autres : "Tu crèves de faim ? Ton pays est en guerre et tu as perdu toute ta famille ? Tu es persécuté par un gouvernement totalitaire ? Et alors ? J'y suis pour rien, moi ! Je dirais même plus : c'est pas mon problème !" La montée du populisme ne correspond à rien d'autre qu'à une (re)montée de l'égoisme le plus crasseux. 

Vous croyez vraiment que les peuples de cette Terre qui sont dans la pauvreté, voire la misère, vont continuer longtemps à nous regarder nous gaver (en partie en les exploitant, d'ailleurs...) tandis qu'eux sont embourbés dans les difficultés, dans l'indifférence quasi générale ?

On en a eu tellement marre de ce que la télé nous montrait qu'on a fini par l'éteindre. Tant pis pour la fin du concert. 


1er Janvier 2018. 

30/11/2017

Petite liste de poèmes sur la neige



Pour celles et ceux qui aiment la poésie, et qui aiment aussi la neige, voici une liste de quelques liens présentant des poèmes sur le thème de la neige, ou mentionnant la neige.







30 Novembre 2017

28/11/2017

L' arbre va tomber

C'est toujours dommage (je ne vais pas dire "triste" ou "dramatique" car je n'ai aucune envie d'entrer dans ce registre de vocabulaire un peu mélo) de devoir couper un arbre. Les arbres sont comme nous, et comme les animaux. Ils sont des êtres vivants. Ils naissent, ils vivent, ils meurent et n'ont aucune envie qu'on leur fasse du mal.

D'une certaine façon, même les pierres sont des êtres vivants, puisqu'elles sont faites d'atomes. Comme nous. Finalement, si on nous réduit à l'état de simple aggrégation d'atomes (ou mollécules, je sais pas), on est tous identiques. Si nous sommes considérés comme des êtres vivants alors que nous ne sommes, en fin de compte, que des paquets d'atomes, alors les arbres aussi, les pierres aussi, le métal aussi, sont vivants. Nous ne sommes différents d'eux que parce que nos "briques" ne sont pas faites avec les mêmes atomes, c'est tout. 

Un truc que je n'ai toujours pas compris, c'est si les atomes meurent un jour. On nous dit que nous sommes faits des atomes produits au coeur des étoiles il y a... tellement d'années (si toutefois le mot "année" a un sens à l'échelle de l'univers) mais est-ce les mêmes atomes qui sont arrivés jusqu'à nous ? Est-ce que, comme les arbres, les fleurs, les animaux, et nous, les atomes naissent, vivent, puis meurent un jour ? J'ai du mal à concevoir que les atomes qui composent mon organisme ont été fabriqués il y a des millions d'années. 
"Rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme", nous rappelait souvent notre prof de physique au lycée. 

Les arbres ne sont pas de simples bouts de bois décorés de feuilles la moitié de l'année. Je fais partie de ces personnes qui pensent que les végétaux ne sont pas seulement des êtres vivants, mais ont également des ressentis. Je suis persuadée qu'ils ont leur façon à eux de ressentir les choses, voire même de les penser. D'ailleurs, je n'invente rien en disant ça puisqu'il est désormais reconnu qu'ils émettent des ultra sons dans certaines circonstances. J'imagine la tête que certains ont dû faire dans les années 70 lorsque les premiers scientifiques se sont risqués à émettre ces hypothèses. 

Certaines personnes préconisent d'établir un contact avec les arbres, de communiquer avec eux en posant les mains sur leur tronc, ou alors en les entourant de nos bras. Ca fait rire beaucoup de gens. Sans pour autant me faire rire ou m'exclamer : "N'importe quoi !!", ça m'avait laissée franchement sceptique, moi aussi, lorsque je les avais vus faire à la télévision. 
Et puis un jour, j'ai décidé d'essayer. Je suis allée au Parc Floral à Paris, j'ai marché jusqu'au bout du parc, non loin des jeux pour les enfants, j'ai choisi un arbre qui me "parlait", je suis allée poser doucement les paumes de mes mains sur son écorce, et j'ai attendu. 
Au bout de quelques secondes, une minute peut-être, j'ai senti comme une légère onde d'énergie qui entrait dans mon corps. C'est très difficile à expliquer, d'autant plus que ce n'est pas du tout rationnel, mais j'ai senti l'energie de l'arbre. Ne me demandez pas de quoi était composée cette énergie, ni la raison scientifique pour laquelle je l'ai ressentie. J'en sais rien. Ce que je sais, c'est que je l'ai ressentie. Ce n'était pas seulement dans ma tête, puisque lorsque j'ai tenté cette expérience, je n'y croyais pas. Non seulement j'ai bel et bien senti quelque chose, mais il y avait un côté réconfortant, calmant, dans ce contact. J'ai même eu l'impression étrange que l'arbre savait que quelqu'un avait posé ses mains sur lui. Devrais-je mettre le mot "savait" entre guillemets ? Il le savait à sa façon, sans avoir besoin d'être pourvu d'un cerveau. Cela fait partie de ces choses étranges pour lesquelles on ne trouve jamais d'explication.

Il m'arrive parfois des choses plus étranges encore. Lorsque je pense à une personne, et qu'il se trouve que cette personne pense à moi à la même seconde, je ressens d'une façon très forte sa présence dans la pièce où je me trouve. C'est pour cette raison que je suppose que cette personne était également en train de penser à moi au même moment. C'est, là aussi, impossible d'expliquer ça de façon rationnelle. C'est peut-être tout simplement ce qu'on appelle une "transmission de pensée", ou alors la "télépathie". D'un côté, je prétends que je n'y crois pas, mais de l'autre, je suis bien obligée de reconnaître que cela m'arrive parfois.

Pour en revenir à nos arbres, non seulement il y a des gens qui ne croient pas au fait que les végétaux ressentent les choses, mais il existe encore sur cette Terre, bien que cela puisse sembler ahurissant, des gens qui croient que les animaux n'ont pas de ressenti, de sentiments comme la joie, la peur... 
Les pires d'entre eux s'imaginent même que les animaux ne ressentent pas la douleur ! D'autres pensent plus simplement qu'ils n'ont pas de langage structuré, qu'ils ne font qu'émettre des bruits, des cris, des sons qui peut-être ont une signification primaire, mais qui ne correspondent pas à une organisation logique de mots. 
Je suis persuadée que c'est faux et qu'un jour on saura parler le "chat", le "dauphin", le "baleine"... à moins que l'on ne découvre également que les baleines, par exemple, ne parlent pas toutes la même langue, et alors on suivra des cours de "baleine bleue", de "baleine franche", de "baleine à bosse"... comme nous-mêmes parlons le français, l'anglais, le chinois, le bambara, l'espagnol, le khmer, etc...

Alors, lorsqu'il nous a fallu couper non pas un, mais deux arbres, on était rongés par la culpabilité, la tristesse, on peut le dire, et la peur de les faire souffrir. On avait fait un devis il y a deux ans avec Paul, une personne que l'on connait, et puis on avait laissé tomber. Mais on était bien obligés vu qu'on n'avait pas le choix. La maison est très ancienne, elle a deux cent cinquante ans, et à l'époque les gens les construisaient sans fondations. Ces deux arbres étaient beaucoup trop près. Non seulement ils étaient un réel danger en cas de tempête, on a vu des arbres plus gros tomber sur des maisons lors de la dernière tempête qui est passée par ici, mais de plus leurs racines couraient sous la maison qu'elles menaçaient directement. Elles avaient déjà soulevé le pavage de la terrasse. Donc on a fini par rappeler Paul. J'avais un peu discuté avec lui il y a deux ans au moment du devis, la discussion s'était engagée lorsque j'avais laissé échapper avec un soupir de lassitude : "le pauvre arbre, s'il savait ce qui l'attend !" et je me suis rendue compte que Paul pense exactement la même chose que nous au sujet des arbres. Je me demande comment il arrive à faire ce boulot tous les jours de sa vie. Ca doit entrer en conflit avec ses convictions profondes. A moins qu'il ne se soit finalement habitué. Cela fait plus de vingt ans qu'il coupe des arbres. 

Un frêne, je crois, et un marronnier. Paul a commencé par le frêne, par les branches du haut, et là, j'entendais l'arbre qui s'écriait : "Mais qu'est-ce qu'il fait à mes branches, celui là ?" Je caricature évidemment (quoique...), mais je suis persuadée qu'il sentait, et peut-être même "comprenait", à sa façon, peut-être en émettant des ultra-sons, ce qui était en train de lui arriver
Le pire, c'était qu'il ne pouvait rien faire pour se défendre. Il était planté là sans pouvoir s'enfuir. J'ai eu du mal à regarder, bien que j'aie réussi à prendre quelques photos à travers la fenêtre. 
Puis, Paul et son équipe ont accroché une corde en haut du frêne, ils ont coupé le bas du tronc et l'arbre s'est affaissé. Il est tombé d'un bloc sur la pelouse, devant la maison. Ca a fait un énorme "boum", et le sol a tremblé. Un véritable séisme. La maison a littéralement sursauté. Puis est venu le tour du marronnier. Pour finir, ils ont tout débité en petits morceaux.

Les arbres sont tombés. Il ne reste d'eux que deux souches, et deux gigantesques tas de bois au sol. 

Alors je ne vais pas vous faire le coup de mettre la vidéo YouTube de "L'arbre va tomber" de Francis Cabrel, d'abord ce serait un peu cynique, ensuite les paroles ne correspondent pas du tout aux raisons pour lesquelles nous avons fait abattre ces deux arbres, ("Le monsieur veut garer sa voiture" par exemple). De plus, chanter "tout faire dégringoler, l'arbre avec les oiseaux dedans", c'est oublier qu'une tronçonneuse ça fait un tel raffut que les oiseaux sont de toute façon partis depuis longtemps, mais une chose est vraie, c'est le fait que les oiseaux avaient élu domicile dans ces deux arbres, et qu'ils ont fait une drôle de tête quand ils ne les ont plus vus.










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16/11/2017

30/10/2017

De la France et des Français.

J’aime la France, et j’aime le peuple français. Ca ne veut pas dire que je n’aime pas les autres, j’aime aussi les autres, les Anglais, les Américains, les Chinois, les Russes… mais ça veut dire que j’aime la France et j’aime le peuple français.  Je nous aime, nous, le peuple français.

Tout d’abord, je tiens à faire immédiatement le point sur le fait que je ne fais aucune différence entre les Français en fonction de l’endroit de la planète d’où ils sont originaires, leur couleur de peau, leur religion, etc etc. Un Français, administrativement parlant, c’est quelqu’un qui a la nationalité française. Pour moi, ça va plus loin, un Français, pour moi, c’est quelqu’un qui vit en France. Point. D’ailleurs, il y a bien des gens qui ont la nationalité administrative, mais pas celle du coeur. D’autres ont la nationalité du coeur, et pas encore (ou n’auront jamais, pour des raisons qui n’appartiennent qu’à eux) la nationalité administrative. Je m’en fiche royalement de ces questions administratives, qui souvent ne font que rendre la vie impossible à des gens qui ne méritent pas qu’on les traite avec un tel manque d’humanité. Et je laisse volontairement de côté ici le débat de savoir s’il faut ou non retirer la double nationalité aux grands criminels. Ce n’est pas mon propos.

Ceci étant affirmé, j’aime les Français parce que c’est un peuple composé de gens sincères et authentiques. Des gens un peu compliqués, c’est vrai, un peu bruts de décoffrage aussi, parfois.

Un peuple composé de gens qu’il faut parfois prendre avec des pincettes, certes, qui a toujours été un peu révolutionnaire “sur les bords” (on sait où ça mène : la plupart du temps nulle part, ça ne change rien sur le très long terme) qui ne se laisse pas marcher sur les pieds, et ça c’est bien, un peuple qui dit ce qu’il pense, c’est génial, mais jusqu’à en devenir parfois un peu brutal dans ses propos, là est le problème car ça rend le dialogue difficile, mais qui a le sens (pas toujours mais la plupart du temps) de la solidarité, de la fraternité (de moins en moins ? si l’on en juge par la montée de l’intolérance tous azimuts, c’est triste…), de l’égalité (jusqu’à en faire une vraie névrose par moments, voulant l’égalité à tout prix, même au prix de nier que les gens sont tous différents et ont le droit de l’être) un peuple qui fait parfois preuve d’une pointe de manque de discernement qui pousse certains à rejeter en bloc des propositions qui pourraient pourtant être discutées, remaniées, changées dans certains de leurs aspects. Les choses ne sont jamais entièrement noires ou entièrement blanches, et ce manque de souplesse, ce “tout ou rien”, ce manque de volonté de trouver le compromis, est l’une de nos plus grandes faiblesses.

Un peuple parfois trop radical à mon goût, donc, avec qui la discussion peut, en conséquence, s’avèrer très pénible, mais en tout cas un peuple vrai, profondément sincère, et authentique. Un peuple composé de gens plus sensibles au fond d’eux mêmes qu’il n’y paraît à première vue, de gens qui ont du mal parfois à gérer leurs émotions et les laissent prendre le dessus, les laissent les submerger.

Si les Français sont un peuple brut (j’ai pas dit “brute”, attention…) alors c’est du diamant brut. Il faudrait juste le tailler un peu, ce diamant, le polir, en arrondir les angles.

J’aime la France peut-être même encore plus depuis que j’ai quitté notre beau pays. C’est peut –être ce qui me fait tant aimer cette chanson de Michel Polnareff : “Lettre à France”, bien que je trouve cette chanson triste. En général, je n’aime pas les chansons tristes, d’abord parce que ça me fiche le cafard et surtout parce que je crois fermement que la musique qu’on écoute influence tellement notre humeur qu’elle influence notre vie entière et, en vertu de cette loi de cause à effet à laquelle je crois fermement, qui fait que chaque action entraîne des conséquences sur la suite des événements, influence la société tout entière. Mais comme j’adore Polnareff, je lui pardonne même ses chansons tristes.

Depuis que je vois la France de l’extérieur, que je l’observe en silence, l’air de rien, je lui pardonne, à elle aussi, bien plus facilement ses défauts. Je les appelle même volontiers des “faiblesses bien humaines” plus que des défauts. Certains penseront que c’est parce que je ne les supporte plus au quotidien, ces défauts. Il y a peut-être de ça, mais il me semble que c’est surtout parce que le fait de prendre de la distance est terriblement bénéfique. Ca permet de voir et apprécier l’ensemble du tableau, dans sa globalité, et non plus de se focaliser sur des petits détails, souvent insignifiants quand on y pense. Grâce à la prise de distance, je me suis pleinement rendue compte que les Français sont des gens humains. Profondément humains. Ils n’ont pas peur de se montrer tels qu’ils sont, avec toutes leurs qualités et tous leur défauts. Ils n’ont pas peur de se dévoiler. Ils ne sont pas en permanence en train d’essayer de plaire. Je le savais, avant, mais je ne l’analysais pas, je ne l’appréciais pas de la même façon.

Les Français sont des gens qui se battent, en permanence, pour leur dignité, pour leur liberté. Et c’est ce qui fait la force et la beauté intérieure de ce pays. C’est une des choses qui touche le plus. La France est peut-être un pays qui a tendance à patiner un peu économiquement, pensent certains (et il y a du vrai la dedans, “pense je”, les réformes étant  toujours difficiles à mettre en place, même quand elles sont justifiées, car il y en a qui le sont, et il faut toujours y aller avec tellement de prudence quand on veut réformer…), mais où l’on trouve un véritable bouillonnement d’idées, un débat quasi permanent sur la société et ses problèmes, c’est un pays où l’on trouve encore des gens qui ont l’envie chevillée au corps de changer le monde et le rendre plus beau, même si parfois cela tombe naivement dans l’utopie irréaliste et irréalisable…

Cependant, la France est un pays où la contradiction veut qu’il soit en mouvement, en bouillonnement, permanent, tandis que le changement concret est si difficile à mettre en place. Du coup, tous ces débats d’idées ne dépassent jamais, en tout cas difficilement, le stade des débats d’idées. Sortir des mots, de l’attitude consistant à refaire le monde avec un groupe d’amis autour d’un pot dans un café puis rentrer tranquillement chez soi sans avoir trouvé ni même proposé de solution concrète, sans avoir fait avancer d’un pas le schmilililili… blick… c’est ce qu’il faut à ce pays pour véritablement entrer dans l’action et le voir envisager le bout du tunnel (où l’on voit très bien la lumière, à l’autre bout, mais sans pour autant jamais parvenir à l’atteindre). Entrer dans l’action, changer rééellement, et pas juste parler de changement, semble faire paniquer tout le monde.

Je contrebalancerai juste ces propos, qui semblent reprocher aux Français de ne jamais s’engager, ce qui est totalement faux, en rappelant le nombre impressionnant d’associations qu’il y a également en France, toutes cherchant avec sincérité et un maximum d’énergie, mais parfois avec de maigres ressources, à faire avancer une cause. Malheureusement, les associations perdent parfois leurs subventions ou ne parviennent pas à collecter suffisamment de fonds, alors qu’elles font un véritable travail de terrain bénéfique, voire salutaire, pour un groupe de personnes, et par extention pour l’ensemble de la société.

Les Français seraient-ils un peu trop routiniers ?

Au niveau de leur caractère individuel, les Français peuvent être brusques dans leurs discussions, vous balancer des trucs à la figure (au moins les choses sont dites, me direz-vous)… mais par contre collectivement, ouh la…  il ne faut surtout pas les brusquer dans leur vie quotidienne. Lorsque c’est le cas, le pays s’arrête. Full stop.

La contradiction est, me semble-t-il, une des caractéristiques majeures de la France et de ses habitants. Je crois n’avoir jamais rencontré autant de gens empêtrés dans leurs contradictions, prisonniers de leurs contradictions.

Ou alors on prend le parti d’accepter que la France est seulement un pays de débat d’idées, et non un pays d’action. Pourquoi pas, après tout, c’est une approche intéressante, dans la mesure où les idées, si elles sont bonnes, finissent toujours par faire leur petit bout de chemin et “faire des petits”, comme les économies que l’on place sur son Livret A, en tout cas peuvent contribuer à poser la première pierre à un projet, et la France a d’ailleurs eu et continue d’avoir de si bonnes idées qu’elles nous sont parfois empruntées ailleurs dans le monde. Cependant, dans le monde dans lequel nous vivons désormais, et qu’il est d’autant plus difficile de changer à notre image, et seulement à notre image, que nous ne vivons pas en vase clos (heureusement !) mais en permanente interaction avec les autres pays du monde, il est tout aussi important de prendre le taureau par les cornes sans mettre la charrue avant les boeufs, et agir. Concrètement. Foncer. Quitte à revenir en arrière si l’on se rend compte, avec l’expérience acquise, que l’on s’est planté. Mais gare aux dégâts éventuels, évidemment, si l’on se plante…

Cependant, il ne faut pas laisser la peur de l’échec l’emporter sur la volonté d’essayer, de se lancer. Si on se plante, eh bien on se plante, et puis c’est tout. Pas de quoi en faire un drame. On fait une nouvelle tentative dans la même direction, ou alors on bifurque un peu et on change de chemin pour arriver à son but.

J’aimerais voir les Français plus sûrs d’eux, j’aimerais les voir s’aimer un peu plus, les voir un peu plus conscients de leurs immenses qualités, sans pour autant tomber dans l’arrogance, bien sûr. Les Français ont cette fâcheuse habitude de se dénigrer du matin au soir, de s’autoflageller en permanence. C’est une très bonne chose d’avoir un regard critique sur soi-même, de ne pas se considérer avec complaisance, c’est exactement ce que je fais dans cet article, mais cette façon qu’ont certains Français de croire que la France est un pays peuplé uniquement de c..s et c….s, est complètement absurde. Chaque peuple a des défauts et ses qualités. Les Français ne sont pas plus c..s que les autres ! Ils sont bourrés de qualités et de bonne volonté. Ils sont compétents dans leurs boulots, (par contre, ils ont beau clamer à tout bout de champs qu’il n’y a pas de sot métier, ils refusent volontiers de faire, même temporairement, des boulots qui ne correspondent pas à leurs bac + 30, alors que toute expérience est enrichissante) certes ils ont des compétences qui parfois sont très orientées vers l’intellectuel et moins sur le côté pratique (il n’y a qu’à voir certaines études qui ne préparent pas du tout au monde du travail), certes ils ont encore un peu tendance à mépriser le travail manuel et l’apprentissage (mais cette mentalité évolue peu à peu) certes ils manquent parfois de pragmatisme, mais ils ont vraiment, vraiment, quelque chose de positif à proposer. Ainsi, je crois qu’il y a un vrai souci de maintenir une certaine éthique, une certaine morale, en France. Il me semble, et j’espère ne pas me tromper, que la majorité des Français n’est pas en train de chercher à tout bout de champs le profit financier, frôlerait-il l’indécence, par exemple.

A l’époque de François Mitterrand, on se prenait pour le phare du monde. Pas moins. Je précise, bien que ce ne soit pas le propos de cet article, que j’ai adoré cette période et les projets culturels, grands et moins grands, qui l’ont accompagnée. Grande bibliothèque, nouvel opéra,  agrandissement du Louvre, La Villette et sa Cité des Sciences (projet de Giscard en fait, mais ”réalisation Tonton”) fête de la musique, du cinéma… Au délà de tous les problèmes que la France a connus à cette époque, j’en garde un souvenir extraordinaire. Mais cette forme d’arrogance de se croire le phare du monde n’était-elle pas, malgré tout, en dépit de tout ce que cela peut avoir de déplaisant pour les autres, meilleure que de se considérer comme des minables ? L’herbe n’est ni plus verte, ni moins verte ailleurs. Il y a de l’excellent, du bon, et du moins bon partout, les problèmes ne sont pas les mêmes, c’est tout. Alors que s’est-il passé ? Pourquoi les Français passent-ils désormais leur temps à se dévaloriser, à se dénigrer ainsi ?

Quand j’étais à la fac, j’ai rencontré des gens en provenance du monde entier. Les étudiants étrangers que je côtoyais au quotidien arrivaient de tous les pays du monde pour faire leurs études à Paris, avant de vouloir retourner plus tard dans leur pays d’origine une fois le diplôme en poche ou de décider de rester en France et de s’intégrer, et mes nouveaux amis et amies étaient Sénégalais, Espagnols, Egyptiens, Mexicains, Afghans, Polonais, Colombiens, Japonais,  Iraniens,  Ivoiriens, Coréens, Algériens, Guinéens, Vietnamiens… La liste pourrait durer des pages. Non seulement c’était génial de connaître ces gens venant d’horizons différents, ils m’ont apporté de nouvelles visions du monde et un autre regard sur nous-mêmes, mais je n’ai jamais rencontré autant de gens qui aimaient aussi sincèrement et profondément la France et avaient de nous une si haute opinion. Ils nous aimaient plus que nous nous aimons désormais nous mêmes. Et quand je pense que certaines de ces personnes ont, en retour, souffert de racisme dans leur vie quotidienne d’étudiants à Paris…

Leur vision était peut-être un peu idéalisée au départ, et peut-être sont-ils par la suite parvenus à nous voir dans la globalité, avec plus de justesse, mais ils n’ont jamais perdu de vue que leur haute opinion correspondait aussi à une réalité, pas à de simples fantasmes. Cette réalité que nous-mêmes avons tendance à oublier, la routine du quotidien aidant.

Je me souviens de cette amie coréenne qui m’a dit, quelques jours avant son départ pour le Canada où on lui proposait un boulot de traductrice quadrilingue (c’était vraiment une tête, cette nana !), qu’à part l’administration étouffante (on lui avait demandé une tonne de paperasse qu’elle ne pouvait en aucun cas fournir, afin de régler une démarche administrative toute bête, toute simple, et du coup sa vie avait tourné au cauchemar pendant plusieurs semaines), la France était l’un des pays du monde où elle avait le plus aimé vivre. Pas pour son administration, évidemment, mais pour nous.

Parce qu’au delà de nos défauts (les gens ne sont pas aveugles…) qui sont si évidents pour qui ne nous connaîtrait pas en profondeur et prendrait en pleine figure le choc culturel, elle avait découvert en nous de véritables qualités humaines, faites notamment de sincérité, de passion, de sens de l’entraide et de la solidarité (même si certains croient qu’il n’y en pas pas du tout) que nous aurions tout intérêt à cultiver, avec passion, et surtout à maintenir, avec détermination.

On peut très bien s’aimer, reconnaître et apprécier ses qualités sans pour autant passer son temps à se regarder le nombril. C’est, peut-être,  finalement, la peur de tomber dans l’arrogance qui fait que les Français passent leur temps à se dénigrer. C’est tout à notre honneur, mais il faut que cela cesse.

Pour que la France retrouve l’estime d’elle-même qui, parfois, lui fait défaut et bouche sa vision de l’avenir, sans pour autant retomber dans l’arrogance, il faut tout d’abord que les Français apprennent à voir en toute chose le verre à moitié plein et non plus le verre à moitié vide, ou encore le verre,  “oh la la, je laisse tomber d’avance…”, qu’il va falloir remplir. (Cela dit, un verre à remplir avec les problèmes administratifs qui vont avec, normal que cela puisse couper les ailes des plus motivés. Mais les choses s’améliorent, je crois, de ce côté là.)

Il faut ensuite que les Français arrêtent de craindre l’échec, de se sentir minables s’ils ont raté un truc, mais considérer au contraire l’échec de façon positive, comme une excellente occasion de s’améliorer, d’apprendre de ses erreurs. Cette vision positive de l’échec est courante dans les pays anglo-saxons, tiens voilà une très bonne chose qu’on aurait tout intérêt à leur emprunter.

Et qu’ils arrêtent aussi de s’endormir sur leurs lauriers dès qu’ils en décrochent un. Le chemin n’est jamais achevé. Une réussite doit en appeler une suivante. On le voit bien dans le monde des sciences, où chaque découverte ne fait que paver le chemin vers la découverte suivante. Je crois même qu’Einstein lui-même n’a pas “trouvé” E=mc2 tout seul, mais qu’il s’est appuyé sur les travaux de prédécesseurs qui lui ont pavé le chemin. Le chemin n’est jamais un cul de sac bouché par un miroir devant lequel on s’arrête un jour pour s’admirer en se répètant en boucle, avec satisfaction, qu’on est les plus beaux.

On s’est planté ? On recommence. On a reussi ? Très bien, mais la vie continue, alors on continue vers l’étape suivante.


Le monde n’est fait que d’étapes. On n’est encore jamais arrivé nul part, et on n’arrivera sans doute jamais nulle part. C’est quelque chose que les scientifiques, mais aussi les artistes, ont parfaitement compris.



30 octobre 2017